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On ne se faisait guère d'illusion. Mais en décidant d'expulser l'ambassadeur de Syrie à Paris, Mme Lamia Chakkour, François Hollande et Laurent Fabius font ce que même Sarkozy et  Juppé n'avaient pas fait en une année de crise. François Hollande lui-même a annoncé sa décision en milieu de journée au cour d'un point de presse, précisant qu'il s'agissait d'une "décision unilatérale de la France", mais "concertée avec nos partenaires". Parmi ceux-ci, l'Allemagne de Merkel a annoncé une décision similaire vis-à-vis [...]



L’ambassadeur Lamia Chakkour expulsé par Hollande

Par Louis Denghien,



Lamia Chakkour, première victime symbolique du zèle atlanto-droit-de-l'hommiste de François Hollande

On ne se faisait guère d’illusion. Mais en décidant d’expulser l’ambassadeur de Syrie à Paris, Mme Lamia Chakkour, François Hollande et Laurent Fabius font ce que même Sarkozy et  Juppé n’avaient pas fait en une année de crise. François Hollande lui-même a annoncé sa décision en milieu de journée au cour d’un point de presse, précisant qu’il s’agissait d’une « décision unilatérale de la France« , mais « concertée avec nos partenaires« . Parmi ceux-ci, l’Allemagne de Merkel a annoncé une décision similaire vis-à-vis du représentant syrien à Berlin.

Le président français a précisé que son expulsion serait signifiée à Lamia Chakkour « aujourd’hui ou demain« . Et dans le même « esprit », Hollande a annoncé que le prochain sommet des « Amis de la Syrie » se tiendrait à Paris début juillet. De son côté Laurent Fabius a demandé le départ de Bachar, qu’il traite d’ »assassin de son peuple » selon une rhétorique rodée à vrai dire depuis un an par le Quai d’Orsay et la classe médiatique française. Et il a évoqué l’appui de la France à une saisine de la Cour pénale internationale.

Paris et Londres avaient annoncé vouloir « accroître la pression » sur Damas après le drame de Houla. C’est chose faite, et le geste franco-allemand devrait créer une « saine émulation » en Europe et chez tous les « États-liges » des Américains. Tout ça ne nous surprend pas, sachant Hollande une figure du diplomatiquement correct et les socialistes les frères siamois de l’UMP sur les questions internationales – pour nous en tenir là. Et ça ne nous empêche de toujours nous féliciter que l’équipe Sarkozy-Juppé ait été congédiée.

Le renvoi de Mme Chakkour est une mesure lourdement symbolique, qui signifie que la France est plus que jamais, en paroles et en actes, arrimée au camp de l’atlantisme et du sionisme. Un camp qu’elle a, à vrai dire, intégré dès l’élection de François Mitterrand en 1981 et dont elle n’est jamais sortie depuis, en dépit des quelques audaces – ou coquetteries – diplomatiques du tandem Chirac-Villepin.

Fabius : mouvements de menton & précautions de langage

Il est intéressant, dans ce contexte, de lire l’entretien qu’a accordé Laurent Fabius au Monde ce mardi 29 mai : à côté de la langue de bois vertueuse, on y trouve quand même quelques nuances – ou bémols – à la rhétorique quasi-guerrière du gouvernement. D’abord Fabius refuse de s’engager dans la livraison d’armes à l’opposition, craignant une guerre civile généralisée. Surtout, il s’interroge sur l’alternative à Bachar al-Assad : il faut, dit-il, trouver « une transition politique crédible« , qui évite « l’irakisation » de la Syrie. Et donc travailler au « rassemblement de l’opposition« . Et interrogé par Le Monde sur le désormais fameux scénario « à la yéménite » qu’Obama aimerait bien vendre aux Russes, Fabius fait observer que les situations ne sont pas les mêmes; notamment au niveau de la situation militaire ni surtout des « risques de contagion » régionale. Ce qui équivaut à un rejet par la France de cette « solution » américaine. Pour le reste, le nouveau chef du Quai d’Orsay prétend vouloir donner « toutes ses chances » à la « difficile mission » de Kofi Annan. Ce qui implique que ce dernier continue de traiter avec le pouvoir en place.

Notons encore que Laurent Fabius reconnait l’évidence que des armes entrent Syrie, via « des frontières poreuses ».

En fait, et comme Obama et Clinton, d’ailleurs, Fabius met tous ses espoirs dans la Russie, à la veille de la visite du président Poutine à Paris, vendredi 1er juin. Mais en quoi l’offensive de charme des gouvernants français se distinguera-t-elle de celle de ses maîtres américains ? Si Fabius fait la petite bouche sur la solution yéménite, et s’il ne veut ni ne peut plaider devant Poutine la « solution » libyenne, que va-t-il bien pouvoir lui proposer ? Des « garanties » sur Tartous et les intérêts économiques russes ? Comment croire qu’un homme comme Poutine puisse se contenter de ça ?

En fait, Hollande et Fabius gesticulent, s’efforcent de crier plus fort que Sarkozy et Juppé, pour la galerie diplomatique et médiatique internationale. Mais ils n’ont pas de solution politique, pas de solution militaire à la crise syrienne. Bref, la France socialiste se mobilise contre la Syrie syrienne. Mais la mobilisation n’est pas la guerre. Elle ne peut pas l’être.



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7 commentaires à “L’ambassadeur Lamia Chakkour expulsé par Hollande”

  1. Elias dit :

    Finalement, on comprend mieux

  2. Souriya ya habibati dit :

    Entre ce que Mgr Raï a entendu lors de sa visite à Paris fin d’automne dernier.. la nécessité de faire émigrer les chrétiens de Syrie.. parce qu’en ce temps-là.. un gros nuage s’ammassait sur la tête des Syriens.. la grosse envie qui chatouillait les « grands » pour réediter les exploits de l’OTAN en Libye.. qui prenait petit-à-petit l’aspect d’un désir pressant.. ET, le fait d’expulser l’ambassadrice parce que le changement c’est maintenant… Tout en déplorant ce fait, nous ne pouvons pas ne pas voir qu’il y a eu depuis.. un grand frein.. dans l’exécution du plan…

    Allah est Grand, disent nos amis musulmans.

  3. madrid dit :

    Bonsoir
    Franchement …je ne sais plus quoi dire !
    Je suis plein de deception, d amertume, voire de tristesse et de revolte face aux dernieres decisions prises par la France, l Angletterre et l´Allemagne etc…
    J ai du mal a imaginer un instant un ambassadeur voilee, sponsorisee par la Qatar et la bande du Glof, pour eventuellement representer la Syrie.
    Tout ceci est degoutant !

  4. robert dit :

    Agence de réinformation ? ça veut dire agence de propagande , pour l’assassin Bachar ? honteux !

  5. Georges dit :

    Dans ce triste drame Hollande(pour qui j’ai voté dès le premier tour mais sans illusions) est aussi mauvais que Assad

    Il fait le jeu du pseudo-état isralien auquel il est inféodé lui aussi avec pas mal de ses ministres.d’asscendance « juive » (ou supposée telle) ou non.

    Pauvre planète.