• Décryptage
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L'un des principaux adversaires régionaux de la Syrie, la Turquie, est pour le moins divisée sur l'attitude du gouvernement Erdogan vis-à-vis de Damas. Nous avons déjà rendu compte des prises de position répétées des principales forces de l'opposition de droite et de gauche, toutes condamnant le bellicisme du gouvernement contre le voisin et ex-allié ; de sit-in, de manifestations et même d'un concert géant de solidarité avec la Syrie réelle et de dénonciation d'Erdogan et de l'OTAN (voir notre article [...]



La direction turque cherche-t-elle une porte de sortie ?

Par Louis Denghien,



L’un des principaux adversaires régionaux de la Syrie, la Turquie, est pour le moins divisée sur l’attitude du gouvernement Erdogan vis-à-vis de Damas. Nous avons déjà rendu compte des prises de position répétées des principales forces de l’opposition de droite et de gauche, toutes condamnant le bellicisme du gouvernement contre le voisin et ex-allié ; de sit-in, de manifestations et même d’un concert géant de solidarité avec la Syrie réelle et de dénonciation d’Erdogan et de l’OTAN (voir notre article « En Turquie, un grand concert de soutien à la Syrie réelle », mis en ligne le 15 mai).

Eh bien, Erdogan étant toujours un pion de la stratégie américaine au Proche-Orient, et abritant toujours la direction et nombres de bandes de l’ASL, la mobilisation contre sa politique se poursuit : c’est par milliers que les Turcs et les Syriens de Turquie ont manifesté contre cette politique sur la place centre d’Adana – quatrième ville turque avec ses 1 500 000 habitants, située sur la côte sud de la Turquie, et à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau de la frontière syrienne, dont elle est séparée par la province du Hatay.

Les manifestants brandissaient de nombreux portraits de Bachar al-Assad et des drapeaux syriens (les vrais) ce qui constituait un message très clair adressé à Recep Tayyep Erdogan et à l’AKP. Les photos témoignent de l’ampleur du rassemblement.Et, comme de coutume, les médias français ne disent rien de ces mouvement de l’opinion turque, qui écornent eux aussi la doxa journalistique.

Le torchon brûle-t-il entre Erdogan et l’ASL ?

Au-delà de cette manifestation, certains observateurs s’interrogent sur une possible évolution, vers une neutralité diplomatique, du gouvernement turc vis-à-vis de Damas, dont ils croient percevoir un ou deux signes. Parmi les pièces à verser au dossier, une analyse récente (3 juin) du site géostratégique israélien anglophone Debkafile (de sensibilité néoconservatrice, et proche des milieux républicains américains), voué à l’étude du Proche-Orient. Debkafile a cru observer un certaine retenue des autorités d’Ankara sur le drame de Houla, prétexte à un regain de déchaînement médiatique contre le gouvernement syrien.

Voici ce qu’écrit Debkafile : « En un stupéfiant retournement, la Turquie vient de renoncer à 14 mois de soutien à la révolte anti-Assad, aux côtés des Occidentaux, pour faire cause commune avec la Russie, autrement dit avec Bachar al-Assad« . Sur quoi s’appuie le site israélien, qui jouit d’un certain crédit, pour être aussi péremptoire ? À l’en croire, Washington, Londres et Paris sont en train de plancher sur des plans B pour parer à cette défection turque, après « avoir découvert qu’Ankara avait secrètement notifié aux chefs de l’ASL, le jeudi 31 mai 2012, qu’elle leur retirait toute autorisation de lancer des attaques contre la Syrie depuis le territoire turc ». Les Occidentaux se seraient alors aperçus qu’Erdogan et son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu avaient littéralement « poignardé dans le dos » la politique des Occidentaux envers la Syrie. Debkafile parle même de « la trahison d’Erdogan« .

Pourtant, Erdogan a réagi à Houla en déclarant que ce drame lui « soulevait le coeur » et en mettant en accusation à ce propos le gouvernement syrien. Est-ce là ce qu’on peut appeler un silence ou une retenue « complice » ? Davutoglu, de son côté, a annoncé le 30 mai que son gouvernement allait organiser à Istambul une nouvelle réunion du groupe dit « des amis de la Syrie« , c’est-à-dire les ennemis de Bachar, occidentaux, arabes et syriens. Alors ?

Alors Debkafile met en exergue une petite phrase, le 31 mai, du même Davutoglu sur une télévision turque – Turkish NTV : « Nous n’avons jamais conseillé, ni au CNS, ni au gouvernement syrien, de mener un lutte armée, et nous ne le ferons jamais« , ajoutant : « Le peuple syrien sera la force conductrice qui renversera finalement le régime syrien. Bachar partira de par la volonté populaire ». Debkafile voit dans ces propos un décalque de ceux tenus, sur le même sujet, par Vladimir Poutine. Sauf que le président russe ne parle pas de « renversement » du régime !

Mais nos analystes israéliens-de-droite parlent d’un « axe Moscou-Téhéran pro-Assad désormais renforcé par Ankara« . Et croient constater que pour l’heure cet axe a pris le dessus sur le camp occidental, en Syrie : là, c’est incontestable.

Info ou intox ? L’article de Debkafile conclut en évoquant un plan concerté réunissant Bachar, le guide iranien Ali Khameneï et le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, visant à une confrontation avec Israël et les États-Unis, confrontation dont le premier acte serait le déploiement de scuds au Liban. Là, ça nous parait franchement délirant : un délire de faucons israéliens voulant affoler l’ami américain sur une « défection » turque.

Reste à savoir – c’est l’Orient compliqué, avec des coups de billard à trois ou quatre bandes – si, soumis effectivement à une pression diplomatique de la Russie, de l’Iran et même de l’Irak, mais aussi de toute l’opposition turque, Erdogan et les siens ne cherchent pas à mettre de l’eau dans leur thé anti-syrien, et à se désengager – tout en s’efforçant de sauver la face par des déclarations et des gesticulations diplomatiques -  de ce qui apparait chaque jour un peu plus comme une cause perdue, et un bourbier politique.

Il faudrait savoir si cette interdiction faite le 31 mai par Ankara au CNS et à l’ASL de se servir du territoire turc comme d’une base d’attaque contre la Syrie, oui il faudrait savoir si elle a vraiment été faite. À suivre… Mais il est certain que le temps ne semble pas travailler en faveur de la coalition Ankara/CNS.

Le binôme Erdogan-Davutoglu cherche-t-il une porte de sortie vis-à-vis de la Syrie. Pas prouvé, pas impossible...

 

 

 

 

 



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20 commentaires à “La direction turque cherche-t-elle une porte de sortie ?”

  1. Songun dit :

    Une excellente analyse, je serais tenté de dire, comme d’habitude.
    En tous cas si la volte face turque s’avérait vraie ce serait une très bonne nouvelle pour la Syrie telle qu’elle est.
    Cela dit je reste méfiant à l’égard de ce cheval de troie occidentalo/sioniste qu’est la Turquie, et qui nous a déjà trompé, et je m’étais fait avoir, avec sa soit-disante brouille avec l’entité sioniste .

  2. Souriya ya habibati dit :

    Allah Souriya Bachar wbass

  3. Etudiant dit :

    Dépêche afp sur les déclarations d’un officiel russe
    « le maintien d’Assad n’est pas une condition au règlement de la crise ».
    Des avis ?

    • Zéphora dit :

      Parole en l’air pour savoir qui sont les opposants et qu’est ce qu’ils recherchent réellement. Il faut remettre les phrase dans leur contexte!
      Bashar ne tombera pas, car il est bien soutenu!

      • SORISHARIF dit :

        @Etudiant
        « le maintien d’Assad n’est pas une condition au règlement de la crise ».
        Vous avez mal compris,en faite , la traduction de l’AFP n’est pas la bonne car connaissant la langue Russe depuis très longtemps ,l’officiel Russe a dit : Alassad lelabad .

  4. Souriya ya habibati dit :

    La religion de Mamamouchi inculquée à sa fille..
    http://www.dampress.net/?page=show_det&select_page=21&id=20629
    الربيع العربي وأبنة رجب طيب أوردوغان رئيس الحكومة التركية العثمانية المسلمة المعتدلة
    Photo de la fille en compagnie d’autres dames voilées selon l’ottoman des derniers temps.

  5. Mohamed Ouadi dit :

    Une source du ministère des A.E. : Les ambassadeurs américain, britannique, français, italien, espagnol, suisse et turc, persona non grata en Syrie

    05 Juin 2012

    Damas / Une source responsable du ministère des affaires étrangères et des émigres a affirmé aujourd’hui qu’en application du principe de la réciprocité, la république arabe syrienne considère « persona non grat » les ambassadeurs US Robert Ford, de Royaume Uni Simon Collis (tous les deux rappelés par leurs pays respectifs pour consultation), de Suisse, Martin Aeshabacher, de Turquie Omar Onhon, de France Eric Chevallier, d’Italie Achille Amirio et d’Espagne, Julio Albi.

    La source ajoute que cette mesure s’applique aussi sur les membres de l’ambassade turque en Syrie, diplomates et administration, le diplomate britannique Steven Hickey, le 2ème secrétaire de l’Ambassade de France, Aymeric Amyot D’Inville, le diplomate espagnole Jorge de Lucas Cadenas , les chargés d’affaires belge, Arnt Kennis, et bulgare Dimitar Michaylov, le 3ème secrétaire de l’ambassade bulgare, Stoyl Zlatarsky, l’attaché militaire de l’ambassade allemand, Uwe Bretschneuder, et son adjoint Karsten Harwege, et les deux diplomates allemandes Maik Mietho et Jorge Michael Grobmann, le chargé d’affaires de l’ambassade canadien et tous les membres de l’ambassade, diplomates et administration.

    La source a tenu à souligner que la République arabe syrienne, ayant foi en le dialogue établi sur le principe de l’égalité et du respect mutuel entre les Etats, et confiante que la diplomatie est un moyen nécessaire de communication entre les Etats pour le règlement des problèmes et des contentieux en suspens, espère que les pays qui avaient pris la démarche contre les chefs et les membres des missions diplomatiques syriennes se rendraient aux mêmes principes pour permettre aux relations entre les deux parties de reprendre leur cours normal.

    Hindi / Gh.H.
    http://www.sana.sy/fra/51/2012/06/05/423617.htm

  6. tadios dit :

    méiez vous du mamamouchi
    il méprise les arabes
    il joue le double jeu, américano-sionniste et arabophile avec un temps de retard pour voir du quel côté va pencher la balance
    sa seule idéologie : la race supérieure turque

    • Tarico dit :

      Si dieu avait créé une race supérieure, est-ce qu’il l’aurait affublé de sourcils de sourcils de phacochère ?
      Hé, hé, que nos amis turcs me pardonnent, mais mon sang ne fait qu’un tour quand j’entends parler de race supérieure.

      Je crains hélas que la source de cet article soit sans fondement, juste des propos délirants de superfachos ultra sionistes.

      J’ai lu au contraire qu’un nouveau groupe armé s’est déclaré aujourd’hui en Turquie, revendiquant 12.000 combattants.
      Toute la racaille du monde s’est donné rendez-vous en Turquie semble-t-il. Ce n’est pas le moment de s’encombrer d’ONG dans la ligne de tir.

  7. sowhat dit :

    les photos montrent plus de manifestants que pour l’ensemble des manifs de la soi-disant opposition en Syrie … même les jours de grande mobilisation
    c’est quand même curieux vu la réputation de « régime sanguinaire » du pouvoir syrien

    • Zéphora dit :

      C’est qu’il n’est pas si sanguinaire que ce qu’ils le prétendent ! Par contre, ceux qui le cataloguent ainsi, font couler pas mal d’hémoglobine en ce moment et pas qu’en Syrie! Ces assassins ont perdu la première bataille, même en désinformant l’opinion publique, ils n’ont pas réussi à la convaincre ! Les gens ne sont pas dupe, ils s’informent et analyse ! Tahyat Allah ala Bashar ! Allah yahmi souria !

    • Maroquino dit :

      Tu veux parler de ces vidéos tourné par des gsm dans les villes libyennes ou dans les studios d’alranzeera.

  8. Labaykyabachar dit :

    Merci a notre bien aimé
    prophète Poutine que les prière et la paix soit sur lui envoyé pour sauver le monde des ténèbres wahhabite salafosionniste occidentale . Merci mon dieu et à tous les messagés.

  9. ALEVI dit :

    Cela est fort probable du faite que la population turque possede environ 30% de musulmans de souche ALEVI qui ne l’oublions pas sont religieusement proches de Bachar.
    30% qui commencent a se faire entendre….
    Erdogan commence a se poser des questions….il pensait que la Syrie allait s’ecrouler rapidement….
    IL DOIT TENIR COMPTE DE LA GROGNE QUI MONTE EN TURQUIE….
    il a toujours dit que la turquie ne ferait jamais la guerre a un pays musulman….
    Les turques n’ont pas oublié …….
    VIVEE LA SYRIE…..VIVE ASSAD ET SES VALEUREUX COMBATTANTS

  10. Véritéoblige dit :

    Si le gouvernement turque change effectivement son fusil d’épaule peut-être commencera t-on à voir le bout du tunnel.
    Que la paix revienne enfin en Syrie.

  11. averoes dit :

    Effectivement Erdogan pensait au départ que la Syrie aller tomber comme un château de carte, un peu comme la Libye, quoique et ce malgré les bombardements incessant de 40 pays réunis sous le parapluie de l’OTAN, Kadhafi a tenu 8 longs, malgré tout..
    Il est vrai aussi que la grogne monte en Turquie où le peuple turc commence à comprendre la supercherie et surtout la barbarie qui sévit chez leur voisin syrien et qu’à tout moment ce chaos peut traverser leurs frontière et arriver chez eux..
    Si Bashar, l’armée arabe syrienne et le peuple syrien tiennent bon, c’est plutôt la coalition criminelle atlanto-sioniste-wahabite et turc qui peut s’effondrer comme un château de carte, tandis que la Nation syrienne elle restera debout..
    Tenez bon frères syriens, Al soumoud hata ila nasr, traduction: courage jusqu’à la victoire!!

  12. joseph cotton dit :

    Erdogan ne parle plus de la démission de Bashar ‘le dictateur’ mais accuse Bashar de ‘comportement autocratique’, plusieurs crans au dessus de ces accusations de Hitler, Qaddafi etc.. entendus précédemment

    http://www.hurriyetdailynews.com/turkish-pm-accuses-assad-of-autocratic-behaviour-.aspx?pageID=238&nID=22258&NewsCatID=338

    De plus l’Ayatollah Khamenei a accusé ouvertement la Turquie de comploter contre la Syrie en alliance avec Qatar et les USA.
    Les attitudes désobeissantes et indépendantes du ASL envers son bailleur de fond et son hôte, l’envahissement de la Turquie par des réfugiés de plus en plus couteux et incontrollables, et enfin la débacle de leur bébé thalidomine, le CNS, sont en train de pousser Erdogan à des manoeuvres pour stopper les dégats internes et externes grandissants sur sa politique hâtive envers la Syrie. Se rallier discrèmemt à la position russe semble être la stratégie adoptée tout en baissant le ton sur Bashar al Assad. On voit se dessiner cette nouvelle attitude qui impliquera une diminution notable du support logistique au SAL, également soupconné ou bien de complicité ou de négligence dans le massacre de Houla.

  13. Kinan dit :

    Sur le même sujet le site de defensa publie l’article suivant en s’appuyant sur les analyses (à prendre avec des pincettes) de Debka Files mais aussi celles plus claires de l’ex-ambassadeur indien Badhrakumar (qui a été notamment en poste en Turquie) et qui écrit maintenant pour le site Asia Times onLine :

    VOLTE-FACE DE LA TURQUIE SUR LA SYRIE
    http://www.dedefensa.org/article-volte-face_de_la_turquie_sur_la_syrie__04_06_2012.html

    Des indications de plus en plus précises montrent que la Turquie serait en train de réviser radicalement sa stratégie et sa politique dans la crise syrienne, vieilles de 14 mois, mises sur la même ligne que le bloc BAO. Déjà, au début mai 2012, le 7 mai 2012, M K Bhadrakumar jugeait qu’il y avait des signes convaincants de l’évolution de la Turquie…

    «What gives cautious optimism is also that Turkey has been “retreating”. Notably, FM Ahmet Davitoglu has retracted from his rhetoric. He probably sensed that he crossed a red line and there has been adverse reaction in the Arab world, which is historically very sensitive about the Ottoman legacy. Besides, within Turkey itself, the government’s Syria policy has come under heavy fire. A Turkish intervention in Syria can be safely ruled out in the absence of a national consensus within Turkey.»

    Le 3 juin 2012, une analyse de DEBKAFiles tend à confirmer cette évolution turque. Elle confirme par ailleurs, plus précisément, une sensation ressentie durant la semaine qui a suivi le massacre de Houla, où la Turquie s’est montrée extrêmement discrète, voire dispensatrice d’un silence assourdissant. Dans le concert humanitariste général des “Amis de la Syrie”, dont elle était un des membres les plus actifs (jusqu’à accueillir le club en mars à Istanboul), la discrétion de la Turquie a constitué un évènement remarquable… DEBKAFiles écrit :

    «…In an astonishing about face, Turkey has just turned away from its 14-month support for the anti-Assad revolt alongside the West and made common cause with Russia, i.e. Bashar Assad. […]

    »Washington, London and Paris began rushing forward contingency plans for this eventuality upon discovering that Ankara had secretly notified leaders of the rebel Free Syrian Army Thursday, May 31 that it had withdrawn permission for them to launch operations against the Assad regime from Turkish soil. It was then realized that Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan and his Foreign Minister Ahmet Davutoglu had stabbed Western-Arab Syrian policy in the back and moved over to help prop Assad up at the very moment his regime was on the point of buckling under international after-shocks from the systematic massacres of his own people.

    »That day, Erdogan’s betrayal was confirmed when Davutoglu announced over Turkish NTV: “We have never advised either the Syrian National Council or the Syrian administration to conduct an armed fight, and we will never do so.” He added: “The Syrian people will be the driving force that eventually topples the Syrian regime. Assad will leave as a result of the people’s will.” This was precisely the view voiced this week by Russian President Vladimir Putin, when he spoke out against violent rebellion, military intervention and sanctions to topple the Syrian ruler.

    »For the time being, the pro-Assad Moscow-Tehran front, bolstered now by Ankara, has got the better of Western and Arab policies for Syria…»

    Avant le texte cité plus haut, le 30 avril 2012, le même M K Bhadrakumar, lors d’un séjour en Turquie, appréciait sévèrement la position turque dans la crise syrienne, jugeant catastrophique pour ce pays de “suivre la voie des USA”, et s’interrogeant sur les choix d’Erdogan («Isn’t Turkey following the footsteps of the US — getting bogged down in quagmires some place else where angels fear to tread, and somewhere along the line losing the plot? I feel sorry for this country and its gifted people. When things have been going so brilliantly well, Erdogan has lost his way.»). La surprenante et assez incompréhensible politique syrienne de la Turquie depuis le printemps 2011 (expliquée par certains, et à notre sens d’une façon très acceptable, par des traits de caractère et d’humeur des deux principaux dirigeants turcs, Erdogan et Davutoglu , – voir le 29 février 2012) serait ainsi en train de changer et l’on pourrait à nouveau applaudir à la politique de ce pays, – parce qu’Erdogan aurait “retrouvé sa voie” un instant égaré.

    DEBKAFiles parle de “la trahison d’Erdogan”, ce qui est un bon signe d’une certaine assurance qu’on pourrait avoir de la réalité de ce tournant. Il y a eu, ces derniers jours, un regain de déclarations officielles turques fortement en faveur de l’Iran (voir PressTV.com, le 31 mai 2012), et ceci va évidemment avec cela.

    Dans tous les cas, on observera le caractère de volatilité extrême de la crise syrienne, avec l’apparente affirmation de “lignes” très affirmées (pro ou anti Assad), mais plutôt comme éléments de communication. Du point de vue de la politique suivie, il existe une réelle fluctuation pour la plupart des pays dont la politique n’est pas fondée sur des choix politiques clairs et explicitées par des arguments convaincants, cela montrant qu’il n’y a pas non plus de leadership politique impératif (notamment, rien de ce point de vue, pour le parti anti-Assad de la part des USA) mais des décisions suivant les perceptions générales, les intérêts, les humeurs et les influences temporaires, et les réactions des uns et des autres vis-à-vis de la pression constante et très puissante du Système. Cela rend compte de la manufacture particulière de la crise syrienne, où les facteurs d’idéologies de communication (humanitarisme, libéralisme interventionniste) et d’artificialité de certains groupes (nombre de groupes “rebelles” formés de toutes pièces, sans racines intérieures) tiennent une place très spécifique, où le caractère politique principal est la création du désordre et l’opposition aux principes structurants. Au reste, il s’agit bien d’une situation très caractéristique, d’une époque évidemment “crisique”, faite quasi exclusivement de crises diverses, où domine la dynamique d’autodestruction du Système.

    Mis en ligne le 4 juin 2012 à 16H31

  14. Djazaïri dit :

    - la position du peuple turc pour la paix et contre une ingérence étrangère en Syrie est fondamentale.
    - en France, il est important de toucher cette communauté par des tracts et brochures. Il y a des lieux stratégiques: kebab, mosquées de cette communauté, …