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Voici à présent une analyse de la situation et de la société syriennes publiée voici deux semaines par le quotidien économique français Les Echos, peu suspect a priori de sympathies bassistes ; Daniel Bastien y rappelle quelques données basiques, et pourtant peu mises en lumière jusqu'à présent par ses collègues français : fragile équilibre ethnico-religieux du pays, protection des minorités, notamment chrétiennes ; existence d'une classe moyenne pas moins éduquée que la nôtre soutenant le régime, à l'instar d'une majorité [...]



La situation syrienne (bien) vue par Les Echos

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Voici à présent une analyse de la situation et de la société syriennes publiée voici deux semaines par le quotidien économique français Les Echos, peu suspect a priori de sympathies bassistes ; Daniel Bastien y rappelle quelques données basiques, et pourtant peu mises en lumière jusqu’à présent par ses collègues français : fragile équilibre ethnico-religieux du pays, protection des minorités, notamment chrétiennes ; existence d’une classe moyenne pas moins éduquée que la nôtre soutenant le régime, à l’instar d’une majorité de Syriens, par crainte du chaos  ; hétérogénéité de l’opposition (comme d’ailleurs du parti Baas) qui laisse mal augurer d’une alternative crédible, et qui ne soit pas marquée de la suprématie de l’extrémisme islamiste…

« La Syrie est dans la situation du Liban en 1975 et de l’Irak en 2003 : c’est une mosaïque de communautés tenue par un ciment autoritaire et sous la domination d’un groupe », explique un sociologue à Damas, « le problème, c’est que ces deux pays ont déjà fait l’expérience de guerres sectaires ! ». Le terrain est donc miné. Témoins du creuset de civilisation que fut la région, une grande majorité de sunnites (près des trois quarts de la population), chrétiens (10 %), Kurdes (6 %), druzes, ismaéliens, Tcherkesses, juifs, constituent la société syrienne, le tout sous la domination des alaouites, une minorité chiite très déclassée (dont étaient historiquement issus les personnels de maison) comptant pour seulement 10 % de la population du pays. Sans compter 1,5 million de réfugiés irakiens. Une situation potentiellement explosive dont le pouvoir syrien ne se prive pas de jouer. « Le pouvoir confessionnalise à outrance pour attiser les craintes et diviser », souligne-t-on à Damas, et il récupère laïcs ou petites communautés : « La minorité chrétienne est très heureuse du régime baasiste qui les protège », souligne Denis Bauchard, conseiller Moyen-Orient à l’IFRI. « Vu les exemples libanais et irakien, la société syrienne est très soucieuse de stabilité et elle vit dans l’acceptation de l’autorité pour l’obtenir », rappelle Joseph Bahout. Cette société aux ressorts très identitaires sait pourtant se montrer plurale, ouverte aux compromis – la grande bourgeoisie sunnite de Damas soutient le régime -, sa classe moyenne laïque est éduquée et autonome, et elle fait au total preuve d’une grande sophistication, relèvent les experts. Jusqu’ici, les affrontements ethniques ou religieux ne font pas partie du paysage syrien. Pour combien de temps ?

Opposition laminée

Mais où est l’opposition syrienne ? Sans surprise, cette société si peu homogène peut difficilement se rassembler autour de revendications communes. Comment le ferait-elle, d’ailleurs ? « Le prix de toute activité politique exercée en dehors du cadre fixé ou tacite est la prison, l’exil, ou la mort », rappelle Caroline Donati. « Il n’y a pas de structure alternative crédible », affirme Denis Bauchard. « Il n’y a même pas en Syrie une petite dizaine de personnalités correspondant au Conseil de transition libyen. Le pays est politiquement désertifié depuis des décennies », poursuit Joseph Bahout. « Il y a des élites, dans l’Etat, l’administration ou l’économie, mais elles vivent sous la chape de plomb des services de sécurité. L’opposition est un point aveugle de cette révolution multilocale : il est difficile de voir apparaître des leaders moraux, politiques, religieux ou intellectuels, et qui se mettent en réseau, car le pouvoir frappe immédiatement », insiste Elizabeth Picard. Pour la chercheuse, « les Frères musulmans sont la structure la plus solide qui puisse quadriller une société à 75 % sunnite et être au coeur d’un projet politique ». Toute la Syrie, d’ailleurs, n’est pas dans la rue… Quelques points positifs surnagent tout de même. D’abord parce qu’« il y a dans toute classe politique de grandes capacités de reconversion. Voyez l’Egypte ! Plusieurs centres de pouvoir existent en Syrie et les démissions qui se multiplient en son sein montrent que le parti Baas n’est pas homogène », avance Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. Ensuite, parce que des mobilisations démocratiques (comme la « Déclaration des 99 », en 2000, ou la « Déclaration de Damas », en 2005) « ont prouvé l’existence de traces de mouvements supra-confessionnels. Et on trouve aujourd’hui dans la rue des protestations politiques unitaires », affirme-t-on à Damas.

 

Lire la suite : http://www.lesechos.fr/journal20110511/lec1_l_enquete/0201352316746-pourquoi-la-syrie-explose-a-son-tour.htm

DANIEL BASTIEN, Les Echos

 

 



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