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Mardi 9 août , le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, est attendu à Damas où il sera reçu par le président Bachar al-Assad. Le moins qu'on puisse dire c'est que cette rencontre ne sera pas des plus chaleureuses : passant, à la faveur des événements de Syrie, d'une attitude d'abord ambigüe à une posture franchement hostile au pouvoir baasiste, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, un temps calmé - notamment par un message assez ferme de Téhéran - [...]


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Syrie/Turquie : réponse – ferme – du berger à la bergère

Par Louis Denghien,



Bouthayna Chabaane aux Turcs : à fermeté turque, fermeté et demie syrienne !

Bouthayna Chabaane aux Turcs : à fermeté turque, fermeté et demie syrienne !

Mardi 9 août , le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, est attendu à Damas où il sera reçu par le président Bachar al-Assad. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette rencontre ne sera pas des plus chaleureuses : passant, à la faveur des événements de Syrie, d’une attitude d’abord ambigüe à une posture franchement hostile au pouvoir baasiste, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, un temps calmé – notamment par un message assez ferme de Téhéran – semble avoir retrouvé depuis quelques jours un ton agressif. Erdogan n’a-t-il pas déclaré, samedi 6 août, à propos des développements de la situation à Deir Ezzor notamment : « Nous avons été très patients jusqu’à maintenant, en attendant de voir comment nous pourrions résoudre ce problème (la crise en Syrie Ndlr) et comment ils écouteraient ce que nous leur avons dit (…) Mais maintenant notre patience touche à son terme« .

A ce langage assez peu diplomatique, les Syriens ont répondu fermement par la bouche de la conseillère diplomatique de la présidence syrienne, Bothaina Chabaane :  » Si Davutoglu vient pour délivrer un message ferme à la Syrie, il va entendre un message encore plus ferme en ce qui concerne la position turque, qui jusqu’à présent a refusé de condamner les meurtres et les crimes commis par des groupes terroristes armés contre des civils ou des membres de l’armée et de la police« .

Il faut rappeler que la situation s’est considérablement tendue en juin, au moment des troubles sanglants dans la région de Jisr al-Choughour, non loin de la frontière turque. Ankara avait mis en garde Damas contre des violences contre les civils et il avait même été brièvement question que l’armée turque rétablisse l’ordre et protège les populations quitte à franchir la frontière. Damas ne s’en était pas laisser conter, et les soldats syriens, tout en matant les groupes armés, avaient rapidement réoccupé les postes-frontières. Mais la présence de près de dix mille réfugiés syriens dans le sud de la Turquie, répartis dans six camps, avait constitué une autre pomme de discorde : les Turcs faisant de ces camps un outil de propagande anti-syrien, dont ont profité abondamment les médias hostiles à Damas. L’ambassadeur syrien à Ankara avait publiquement protesté contre le fait que le gouvernement turc lui interdise l’accès à ces camps, qui ne rassemblaient pas, l’avenir l’a prouvé, que des opposants à Bachar al-Assad, quand il en autorisait la visite très médiatisée à Angelina Jolie, ambassadrice de Hollywood et donc de Washington. Autre signe manifeste d’hostilité d’Erdogan à l’égard de Bachar, les réunions de l’opposition radicale syrienne dans la station balnéaire turque d’Antalya ce qui, vu le contexte tendu, s’assimilait à une provocation répétée.

Par la suite, il semble que la reprise en main de la situation par le pouvoir syrien, mais aussi certaines remontrances des Iraniens aient contraint Ankara à une position plus modérée. Provisoirement.

Pourquoi tant de haine ?

On sait que jusqu’avant la crise Turquie et Syrie étaient les meilleurs alliés du monde, liés non seulement par  par une série d’accords de coopération économique mais aussi de collaboration militaire, lesquels s’étaient notamment traduits par des manoeuvres militaires conjointes. Quelle mouche a donc piqué la diplomatie turque qui, ces derniers temps, avait pris ses distances avec l’allié majeur les Etats-Unis et l’allié régional Israël ? Erdogan avait notamment eu des mots très durs pour l’opération « Plomb fondu » lancée par Tsahal contre la bande de Gaza.

Pour justifier son durcissement vis-à-vis de la Syrie, le gouvernement turc invoque la permanence et l’aggravation de la répression de Damas contre les manifestations, le caractère tardif et restreint des réformes promises. Est-ce parce qu’une part notable de ces opposants se recrute parmi les Frères musulmans avec qui Erdogan et son AKP se sentent une proximité idéologique ? Est-ce parce que que vit dans la région frontalière, théâtre de heurts très grave en juin, une population en partie turcophone ? Sans douter, mais la vraie raison de l’attitude turque est peut-être bien ailleurs.

Le gouvernement syrien a publiquement mis en cause la politique « néo-ottomane » de la Turquie et ce n’est, nous semble-t-il, pas si mal vu. Renforcé par son récent et nouveau succès électoral, et par la soumission des chefs de l’armée, Erdogan, qui peine à se faire accepter en Europe, est tenté de reporter ses ambitions sur le Proche-Orient, et au-delà. Déjà, la Turquie se sent confortée par l’existence d’une  « arrière cour » géopolitique à savoir les ex-républiques soviétiques turcophones – Turkménistan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Azerbaïdjan, Kirghizistan. Une réalité qui nourrit le vieux rêve du « pan-touranisme » qui fédérerait sous Ankara l’ensemble des peuples d’expression turque.
D’autre part, Ankara se sait plus que jamais indispensable à la diplomatie américaine, qui ne peut plus compter comme auparavant sur l’Egypte et qui sait la fragilité de ses alliés du Golfe – Saoudiens et autres Emiratis – comme le prouve ce qui se passe au Yémen et ce qui s’est passé au Bahrein. Israël malgré le coup de froid survenu ces dernière années, n’a pas renoncé non plus à son alliance avec ce puissant Etat musulman. Ankara est donc courtisée part la diplomatie occidentale et tout récemment encore William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, a téléphoné à son homologue turc pour lui demander de faire – un peu plus – pression sur Bachar al-Assad – c’est le sens de sa visite à Damas du 9 août.

Faire le gendarme de l’Occident dans cette région, en profitant des actuelles difficultés de la Syrie, est une tentation nouvelle mais tenace pour le gouvernement turc. Qui voit d’un oeil contrarié le resserrement des liens entre la Syrie, l’Irak et l’Iran. Qui aimerait justement disputer à l’Iran le statut de puissance dominante régionale. Et qui sent sur lui l’ombre imposante du voisin russe, bien résolu à contrer les manoeuvres euro-américaines dans cette région sensible.

Reste qu’Ankara a jusqu’à présent maintenu ses liens diplomatiques avec Damas. Et que laTurquie n’a guère d’intérêt à une déstabilisation de la Syrie, ne serait-ce qu’à cause du problème kurde. A part faire la « grosse voix » de l’Occident chez les Syriens, que peut vraiment tenter Erdogan ?

 



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8 commentaires à “Syrie/Turquie : réponse – ferme – du berger à la bergère”

  1. sowhat dit :

    La Turquie va (encore) couper l’eau.

  2. Akyliss dit :

    Il ne faut pas oublier que la Turquie « touche » des aides de la part des états unis puis il y a surement la carotte de l’entrée dans l’union européenne pour faire en sorte qu’Ankara face « le sale boulot » pour les européens, à la place d’Ankara je ne ferais pas trop confiance ni aux occidentaux ni au états unis, on a vue ce que sont devenus les « amis » égyptiens et tunisiens…

  3. Cécilia dit :

    Bonne analyse!
    La Turquie cherche une position géopolitique non seulement au Proche Orient mais aussi en Europe. Elle veut se montrer forte et indispensable aux yeux des Occidentaux comme pour les monarchies arabes, une sorte d’un gendarme face à l’Iran chiite (une sorte de protection des sunnites contre l’Iran et Huzballah au Liban). D’autre part, elle veut sa rentrée dans l’Union Européen, donc tous les moyens sont bons.
    Cependant, elle ne doit pas oublier que la Syrie n’est pas un pays à se laisser facilement faire surtout avec ses alliées, l’Iran et les Russes en particulier, en plus, le président syrien n’est pas aussi impopulaire comme les médias veulent nous faire croire.

  4. stephane dit :

    Je comoprends pas ce pays qu’est la Turquie. Au lieu de renforcer ses liens avec la Syrie pour le bien de tous, elle veut carrément entrer en guerre contre son voisin sans savori que cela aura des conséquence aussi bien sur la Syrie que sur la Turquie. Vraiment à un momzent on se pose des questions

  5. zaied dit :

    Les problèmes économiques que l’Europe connait en ce moment font peur à tous le monde et en premier aux européens, donc je pense que la Turquie n’a plus dans son agenda l’adhésion à l’Europe.
    En Turquie l’exportation 2011 a grimpé de 22,81 % pour s’élever à 11 milliards 723 millions de dollars au mois de mai.
    Les liens solides entre la Turquie et la Syrie avant ces événements, étaient indiscutables, et c’est la Turquie qui a joué le grand rôle pour sortir la Syrie de l’isolement.
    Si le pouvoir syrien est une dictature sanguinaire qui continue aujourd’hui à massacrer sa population, juste par ce que cette dernière veut exprimer sa liberté, alors je vois mal comment la Turquie peut continuer à le soutenir.

    • stéphane dit :

      Vous affirmer que le pouvoir tue son peuple comme si cela avait été prouvé et démontyré.
      C’est presque fatigant de répondre à des gens qui affirment des choses sans la moindre preuve et basé que sur la spéculation et les mensonges relayé à l’unisson par les groupes de médias

  6. Cem / İstanbul dit :

    İl ne faut pas oublier que le gouvernement d’Erdoğan est la voix de son maitre (EU). Les Etats-Unis et l’Otan a la suite de leurs opérations en Irak, Afganistan, Pakistan, Yemen et Somali ont commencé a une opération militaire le 19 Mart 2011 contre la Lybie. Le but de cette opération est de pouvoir est d’empecher les investissement petroliere de la Chine a l’est de la Lybie. D’une façon semblable le but de Washington qui finance les revolutionnairs armés en Syrie est la base navale Russe a Tartus. En descendant le gouvernement d’Esad du pouvoir et créer un gouvernement allié des Etats-Unis, influencera la puissance maritime de la Russie dans la mediterranée. Et il ne faut pas non plus oublier que Erdoğan et AKP suivent une ideologie fondamentaliste et intégriste sunnite wahhabite et veut jouer un role leader sur ce plan en cahassant les pouvoirs chi’ites et alévites. Les états-unis controle tous les pays y compris la Turquie en moyen-orient et en presque-ile Arabe (ça vet dire domine toutes les régions de petrole) sauf l’İran et la Syrie et utilise maintenant un sous-traitant (la Turquie) contre ces deux pays….

Commenter stephane