• Décryptage
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                        L'hebdomadaire Valeurs actuelles et son (ir) responsable du service Monde, Frédéric Pons, continuent, vaille que vaille, leur offensive néo-conservatrice contre la Syrie. Dans l'édition du 3 novembre de l'hebdomadaire, M. Pons donne les "bonnes pages" - consacrées à la Syrie - du dernier livre (1) d'Antoine  Basbous, directeur de l'"Observatoire de pays arabes" - et habitué, avec Antoine Sfeir, des plateaux de télé français lorsqu'ils se penchent sur le monde arabe. M. Basbous, de nationalité libanaise et un temps lié [...]



Le festival anti-syrien et atlantiste de Frédéric Pons

Par Louis Denghien,



Frédéric Pons...

Frédéric Pons...

... et son étoile polaire

... et son étoile polaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’hebdomadaire Valeurs actuelles et son (ir) responsable du service Monde, Frédéric Pons, continuent, vaille que vaille, leur offensive néo-conservatrice contre la Syrie. Dans l’édition du 3 novembre de l’hebdomadaire, M. Pons donne les « bonnes pages » – consacrées à la Syrie – du dernier livre (1) d’Antoine  Basbous, directeur de l' »Observatoire de pays arabes » – et habitué, avec Antoine Sfeir, des plateaux de télé français lorsqu’ils se penchent sur le monde arabe. M. Basbous, de nationalité libanaise et un temps lié aux milieux maronites ultra, s’est longtemps distingué par ses « expertises » en matière de terrorisme islamique, expertises qu’il « commercialisait » via sa notoriété médiatique. Son « Observatoire » a d’ailleurs eu pour clients des pays arabes producteurs de pétrole. Il a donc longtemps pourfendu les islamistes, notamment en Algérie, avant de s’en prendre cette année, avec beaucoup d’opportunité sinon d’opportunisme, au régime tunisien de Ben Ali. Bref, M. Basbous, qui gagnait hier sa vie en dénonçant les oeuvres réelles ou supposées d’al-Qaida, semble s’être beaucoup rapproché d’une certaine forme d’islam politique sous licence américaine. Ceci explique sans doute cela, sa sortie contre la Syrie comme l’enthousiasme de M. Pons.

Mgr Raï en viste en France, en septembre dernier : pour Pons & consorts, un dignitaire chrétien pro-Bachar est forcément "tenu"

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La « punition » de Mgr Bechara Raï 

On comprend, à la lecture de ces morceaux choisis, que Frédéric Pons ait particulièrement apprécié le livre de Basbous : celui-ci reprend les traditionnelles accusations contre Hafez al-Assad – assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare, terrorisme téléguidé contre les soldats français au Liban – et son fils Bachar – pressions puis meurtre commandité de Rafic Hariri, refus de se laisser « apprivoiser » par Nicolas Sarkozy.

Nous ne discuterons ici des pièces du procès (re)fait par Basbous à Hafez al-Assad, qui n’était pas un saint, mais un chef d’Etat confronté à une situation régionale extrêmement inflammable et où, déjà, les Américains poussaient leurs pions par Libanais interposés. Il va sans dire que nous condamnons, en tant que Français, les responsables, quels qu’ils soient, de la mort de M. Delamare en 1981 et des 58  soldats français victimes de l’attentat du Drakkar en 1983. Et nous rappelons à Frédéric Pons que l’enquête et les soupçons occidentaux s’étaient dirigées vers Téhéran et non Damas.

En ce qui concerne Bachar al-Assad, en revanche, on répétera que la culpabilité du président syrien ou de ses services dans l’attentat qui a coûté la vie au Premier ministre libanais en février 2005 n’est pas établie, sauf bien sûr par les Occidentaux et leurs obligés libanais du Courant du Futur, très liés aux Américains et aux Saoudiens. Plus globalement, que la Syrie ait toujours considéré le Liban comme faisant partie de sa zone d’influence sinon de son pré-carré est une donnée géopolitique déjà ancienne qui remonte au moins à la fin du mandat français.

Mais il y a mieux, ou pire : ne digérant visiblement pas la récente défense de Bachar al-Assad par Mgr Bechara Raï, nouveau patriarche de l’Eglise maronite (voir notre article « Le patriarche de l’Eglise chrétienne maronite : « L’Occident doit donner du temps à Bachar » » , mis en ligne le 9 septembre), défense qui ne fait qu’illustrer le refus des chrétiens syriens de laisser déstabiliser leur pays à des fins d’Etat islamique,  Frédéric Pons se venge, par Basbous interposé, en expliquant la position du chef religieux chrétien 1) par son orgueil 2) par un mystérieux chantage dont le prélat aurait été victime, en 1998, de la part du général Ghazi Kanaan, proconsul syrien au Liban puis ministre de l’Intérieur de Damas.

Basbous n’en écrit pas plus, et c’est dommage car ça le rend soupçonnable de calomnie politique. Mais que ne ferait-on pas pour disqualifier, salir un homme qui par son attitude exprime la claire conscience que l’église d’Orient a, dans sa très grande majorité, des responsabilités et des enjeux en Syrie ? Car ce refus global des chrétiens syriens, et aussi libanais, de se laisser enrôler sous la bannière douteuse du CNS est un vrai caillou dans les chaussures d’un agent d’influence atlanto-sioniste comme Frédéric Pons, ou de ses amis du gouvernement français. On se rappellera peut-être que notre site avait déjà épinglé Frédéric Pons pour avoir mis en exergue une fausse citation de Mgr Raï le faisant accuser le régime de Bachar de « génocide » (voir notre article « Désinformation : quand Valeurs Actuelles fait dire à Mgr Raï le contraire de ce qu’il pense« , mis en ligne le 12 septembre). Bref, puisqu’on ne peut pas tout le temps travestir, autant salir !

De l’OTAN considéré comme un réseau social

Cette livraison de l’hebdomadaire sarkozyste est du reste, de ce point de vue, exceptionnelle puisque  le lecteur a droit, dans la foulée, à un ahurissant et complaisant entretien entre Pons et le général Stéphane Abrial, plus haut gradé français de l’OTAN : entre autres « perles », le général se félicite des progrès enregistrés sur le terrain afghan par la coalition et fait état de son « optimisme » global à ce sujet, et souligne – et c’est l’essentiel, n’est-ce pas – que l’armée française a su mériter, en Afghanistan, l’estime et la confiance de l’armée américaine ; et puis il compare l’OTAN à un « réseau social » bienfaisant, à l’échelle des 900 millions de citoyens dont il assure, parait-il, la sécurité.

C’est tout ? Non, bien sûr : dans son éditorial, Frédéric Pons s’inquiète du nouvel enlèvement de trois Européens survenu le 23 octobre dans le sud-ouest de l’Algérie, et revendiqué par AQMI (al-Qaida au Maghreb islamique). En fait Pons soupçonne bruyamment le Polisario (mouvement séparatiste saharien anti-marocain) d’être le véritable auteur de l’enlèvement. Or le Polisario est un protégé de l’Algérie, et l’Algérie est non seulement le grand rival du Maroc – un autre grand ami géopolitique de F. Pons – mais n’est pas en très bons termes avec la nouvelle Libye pro-CNT dont Pons a salué l’avènement. D’ailleurs tient à préciser le géostratège de V.A., les « anciens mercenaires de Kadhafi » sont pour beaucoup  passés, via l’Algérie, dans les rangs du Polisario. Et voilà, la boucle est bouclée, et l’Algérie placée, grâce au talent de l’éditorialiste de Valeurs Actuelles, dans le collimateur de l’opinion occidentale, en attendant – « si tout va bien » – de se retrouver dans celui de l’OTAN ! Reconnaissons que Frédéric Pons a de la suite – tortueuse – dans les idées !

Les seuls à relever – un peu – le niveau de Valeurs Actuelles sont ses lecteurs : dans le courrier de ce numéro consacré au monde arabe, trois lettres sur trois déplorent et dénoncent l’aveuglement du gouvernement français et de l’OTAN qui ont ouvert la porte à l’islamisation de toute l’Afrique du nord, notamment en Libye. Au fait, que pensent les lecteurs de V. A. des analyses de M. Pons sur la Syrie ?

Pour conclure sur la Syrie, Frédéric Pons assure, dans sa présentation du bouquin d’Antoine Basbous, quer le régime de Bachar est « entré en agonie« . Nous faisons le pari qu’en 2012, l' »agonisant » sera toujours président de Syrie quand Nicolas Sarkozy, père spirituel et politique de Pons, ne sera plus celui de la France.

 

(1) Le Tsunami arabe, d’Antoine Basbous, chez Fayard



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23 commentaires à “Le festival anti-syrien et atlantiste de Frédéric Pons”

  1. syrian free without NATO dit :

    le régime de Sarkozy les a tous acheté ou quoi ?

  2. Bahia dit :

    Fréderic Pons est il le fils de l’ancien ministre dont j’ai oublié le prénom ??

  3. Alexandra BIHAY dit :

    OTAN un reseau social ? Don’t like !!!

  4. Alexandra BIHAY dit :

    Rien que le titre du livre a l’air d’en dire long… Le Tsunami arabe… Rien que ca ? Et pas racoleur pour un sous…

    Merci pour cet excellent article, Monsieur Louis !

  5. Alexandra BIHAY dit :

    Rien a voir, mais je viens d’avoir ma mere en ligne. Mes parents reviennent de l’anti-G20 a Nice. Ils ont l’habitude de ce genre de forum, mais c’est la premiere fois qu’ils v