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Le Monde a demandé, ce 13 avril, son avis sur les derniers développements de la situation en Syrie à Fabrice Balanche, un spécialiste de ce pays, qui a écrit les livres "La région alaouite et le pouvoir syrien" (Éd. Karthala) et  l'"Atlas du Proche-Orient arabe" (P.U.F.), et par ailleurs directeur d'un "Groupe  de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient". En janvier dernier Balanche avait accordé au site du quotidien La Croix un entretien, plutôt objectif, en tous [...]

"Aujourd'hui, le régime syrien sort renforcé de l'épreuve"

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L’universitaire Fabrice Ballanche dit au Monde des vérités pas bonnes à entendre pour Alain Juppé (et bien d’autres)

Par Louis Denghien,



Fabrice Balanche : un regard sur la Syrie d'une lucidité désespérante - pour Juppé et les désinformateurs

Le Monde a demandé, ce 13 avril, son avis sur les derniers développements de la situation en Syrie à Fabrice Balanche, un spécialiste de ce pays, qui a écrit les livres « La région alaouite et le pouvoir syrien » (Éd. Karthala) et  l' »Atlas du Proche-Orient arabe » (P.U.F.), et par ailleurs directeur d’un « Groupe  de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient ». En janvier dernier Balanche avait accordé au site du quotidien La Croix un entretien, plutôt objectif, en tous cas mesuré, sur les problèmes communautaires à Homs et dans le reste de la Syrie.

Une armée « nationaliste« 

Pour Le Monde.fr, L’universitaire et essayiste expose une analyse et des vues assez nettement hostiles au régime al-Assad. Il met nettement en doute l’efficacité des sanctions économiques prises contre la Syrie, et plaide en conséquence pour une intervention militaire. Quitte à ajouter immédiatement que (hélas ?) « aucune intervention militaire n’est envisageable dans le contexte géopolitique actuel ». A cause évidemment du véto russe, mais aussi des échéances présidentielles aux Etats-Unis et en France (pays décidément jumelés, dont Balanche dit d’ailleurs qu’ils avaient vocation a diriger une telle action militaire). Et puis la Turquie, ajoute-t-il, n' »interviendra pas seule« .

Donc, pas d’intervention à la libyenne. D’autant que, explique Fabrice Balanche, en Syrie, contrairement à la Libye, « l’armée syrienne est restée unie et fidèle au régime« . Pourquoi, au fait ? D’abord, les responsables militaires sont choyés par le régime depuis toujours : sans doute, M. Balanche, mais les officiers subalternes, les sous-officiers et les hommes du rang ? Et puis il y a l' »alawit connection » : mais l’armée syrienne n’est pas, ne peut pas être, monopolisée tout entière par cette communauté minoritaire. Avec une certaine honnêteté, notre universitaire explique aussi cette fidélité par un argument plus noble : les cadres de l’armée et de la police sont aussi « des nationalistes qui ne veulent pas que la Syrie tombe sous l’influence de puissances étrangères : la Turquie ou l’Arabie séoudite, le Qatar« . Oui, et il n’y a sans doute pas que les hauts-gradés pour avoir cette fibre « nationaliste ». Sachons donc gré à Fabrice Balanche de souligner cet aspect qui n’a apparemment jamais été mis en avant, ni même mentionné, par les journalistes et analystes de nos télévisions et radios françaises, assez peu nationalistes eux-mêmes, il est vrai.

Du CNS vu comme parti de l’Étranger

Fabrice Balanche se penche ensuite sur le cas de l’opposition syrienne, et se fait au moins aussi sévère : après (pas mal) d’autres, il pointe ses divisions, et distribue les mauvais points. Ainsi, le CNS est-il « peu crédible en Syrie parce qu’il s’agit d’exilés depuis des décennies (n’est-ce pas M. Ghalioun, n’est-ce pas Mme Kodmani ?) et qui donc ont perdu tout contact avec la réalité du terrain et la population syrienne« . Balanche va plus loin et a cette phrase assassine : « Par ailleurs, le fait de s’afficher avec Hillary Clinton, Alain Juppé, avec les monarques séoudien et qatari, les discrédite (les gens du CNS) aussi auprès de la population syrienne qui est très nationaliste et qui les considère comme des traîtres« .

Ceci – rudement – posé, Balanche se livre à une rapide radiographie politique de cette opposition radicale : les comités locaux de coordination, que l’universitaire dit « souvent influencés par les islamistes« , et qu’il oppose d’ailleurs aux comités de coordination non islamistes, qui, à l’entendre veulent un mouvement pacifique et seraient même prêts à dialoguer avec le régime : Balanche doit faire là allusion à la tendance de Haytham al-Manaa. On rappellera à M. Balanche que les Frères musulmans sont bien placés aussi au sein du CNS à Istambul.

Balanche pointe encore le manque cruel d’une personnalité charismatique et légitimée aux yeux de la population syrienne, et capable de s’imposer comme leader face à Bachar al-Assad.

La Syrie auto-suffisante économiquement

Balanche revient ensuite sur l’impact des mesures de sanction économiques décidées par les Occidentaux. Et là il est catégorique : « L’économie syrienne est affaiblie mais elle n’est pas dans un état catastrophique« . Par ce que, explique-t-il, ce pays a »l’habitude de vivre sur des ressources propres : elle est auto-suffisante d’un point de vue alimentaire, d’un point de vue énergétique et elle dispose d’une industrie manufacturière (textile, pharmacie, chimie, etc) qui permet de combler les besoins de la population« . Impitoyable (pour les rodomontades juppéennes en la matière), Fabrice Balanche ajoute que le régime disposait, voici un an, de 17 milliards de dollars (13 milliards d’euros) de réserves, et qu’il a donc de quoi voir venir, et de payer ses fonctionnaires civils et militaires. En outre, Damas peut compter sur le marché irakien et l’aide à exporter son pétrole, et reçoit une aide financière de l’Iran.

De là, Balanche passe au soutien de la Russie dont il pense qu’il se maintiendra tant que le régime « montrera sa capacité à rétablir l’ordre« . Et puis Moscou compte d’avantage sur Bachar que sur le CNS pour maintenir ses positions, économiques et militaires, dans le pays.

Un régime sorti renforcé de l’épreuve

Un des passages particulièrement « croustillants » de l’entretien est celui où notre spécialiste aborde le bilan de la répression et dit, dans un élan d’honnêteté intellectuelle à faire dresser l’absence de cheveux d’Alain Juppé : « Il faut être réaliste : on n’a pas en face de nous un génocide« . Et sur la possibilité d’un dialogue politique entre Bachar et le CNS, Balanche est là aussi très clair, et pas médiatiquement correct : « L’opposition extérieure, le CNS, dit-il, refuse toute négociation parce qu’elle n’a pas d’autre stratégie que la confrontation« . Parce que ces gens pensent que le régime va s’écrouler et, note cruellement Balanche, le répète religieusement depuis le début de la crise. Or, « il faut se rendre à l’évidence que ce n’est pas le cas » dit l’universitaire qui ajoute : « Aujourd’hui, le régime sort renforcé de l’épreuve ». Et, à propos du cessez-le-feu, Balanche dit clairement que le CNS fera tout pour faire capoter le plan Annan, à cause de sa logique de confrontation radicale.

Quand Le Monde s’inquiète de la partialité des médias sur la Syrie !

Étonnant entretien où l’on voit même Le Monde poser in fine une question iconoclaste, et même embarrassante pour la corporation journalistique, Monde compris : « Pourquoi les reportages ne parlent-ils jamais des syriens qui ne sont pas du côté des rebelles ? » Tout simplement, répond Balanche, « parce que nous sommes dans une guerre médiatique contre le régime syrien ». Et, dans cette guerre, tant les médias « panarabes » comme al-Jazeera que les médias occidentaux ont un parti-pris dans ce conflit.

Dernière question du Monde sur les conséquences d’un possible échec du plan Annan : eh bien, sans surprise ni scoop, Fabrice Balanche prévoit une reprise des combats qui ne peuvent, selon lui, se terminer que par la reconquête totale du pays par le régime. Avec cependant un risque réel d’extension du conflit au Liban, voire à l’Irak. Il y aura aussi un accroissement des pressions diplomatiques et économiques contre le pays, mais tant que celui-ci pourra compter sur le soutien de la Russie, au Conseil de sécurité et ailleurs..

Bref, un entretien roboratif comme la vérité crue, qui nous donne souvent l’impression de nous relire, et qui devrait donner pas mal de boutons (virtuels) à Alain Juppé, Bernard Valéro, Olivier Ravanello et autres Harold Hyman, grands personnages de la diplomatie et du journalisme « citoyen » à la française, qui mentent ou fantasment tout haut sur ce malheureux pays depuis plus d’un an.

Ballanche : "Les Syriens sont nationalistes". Un élément que ne pouvaient certes comprendre...

Ballanche : "Les Syriens sont nationalistes". Un élément que ne pouvaient certes comprendre...

... les gouvernants français, ni les journaliste d'I-Télé, de France 2 ou d'Arte

... les gouvernants français, ni les journalistes d'I-Télé, de France 2 ou d'Arte

 



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46 commentaires à “L’universitaire Fabrice Ballanche dit au Monde des vérités pas bonnes à entendre pour Alain Juppé (et bien d’autres)”

  1. observateur avisé dit :

    Roboratif en effet! Merci pour cet article.
    Quand je vois tant de gens tomber dans le piège de la propagande de guerre.. C’est dur.
    Longue vie au patriotisme syrien!

    • Souriya ya habibati dit :

      Je ne sais si vous êtes arabisant, observateur avisé, je viens de trouver une traduction d’une analyse de la situation actuelle, faite par le général Amine Hteit; traduction que nous devons à Mme Mouna ALNO NAKHAL.

      http://www.silviacattori.net/article3095.html

      Quel chemin pour la crise syrienne après l’arrêt des opérations militaires… ?

      Souriya Allah hamiha

      • Mohamed Ouadi dit :

        Merci pour le lien, Sourya Ya habibati,
        C’est une excellente analyse du Général Amine Hoteit ! Je me suis mis à le traduire, mais je suis content que Mme Mouna Alno Nakhal l’ait traduit. Je tiens à l’en remercier vivement.
        Je déploie l’article ci-dessous pour plus de visibilité.

    • Bri dit :

      Attention, vous transformez complètement la réalité de cet article. Le journal Le Monde ne pos