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  Un des "officiers traitants" de la Syrie sur la chaîne de désinformation continue I-Télé, Christian Makarian, vient de publier, sur le site de L'Express, un "état des lieux" de la crise syrienne en ce début de printemps. L'homme qui a toujours participé de la vulgate bien pensante et pro-opposition, livre un diagnostic qui a d'autant plus d'intérêt par sa lucidité (enfin, au royaume des aveugles...) désabusée. Scoop : la situation syrienne était "complexe" ! C'est en effet un vaste constat de fiasco [...]



Quand Makarian pas content…

Par Louis Denghien,



Christian Makarian : un spleen atlanto-sioniste qui fait chaud au coeur

Christian Makarian : un spleen atlanto-sioniste qui fait chaud au coeur

 

Un des « officiers traitants » de la Syrie sur la chaîne de désinformation continue I-Télé, Christian Makarian, vient de publier, sur le site de L’Express, un « état des lieux » de la crise syrienne en ce début de printemps. L’homme qui a toujours participé de la vulgate bien pensante et pro-opposition, livre un diagnostic qui a d’autant plus d’intérêt par sa lucidité (enfin, au royaume des aveugles…) désabusée.

Scoop : la situation syrienne était « complexe » !

C’est en effet un vaste constat de fiasco – de l’opposition, des appuis internationaux de celle-ci mais aussi des analyses de la presse française – que dresse M. Makarian qui, comme tant d’autres, avait vendu plus d’une fois, depuis un an,  la « peau de l’ours Bachar » avant de l’avoir tué.

D’abord, Makarian distingue une différence importante entre les cas libyen et syrien : alors que la Libye avait été abandonnée aux bombes et intérêts occidentaux, la Syrie a « réveillé l’autre face du directoire mondial que représentent la Russie et la Chine« . C’est que, selon notre spécialiste, la politique « diabolique » de Hafez al-Assad a su transformer le pays en une sorte de réplique géante du krach des chevaliers, « un bastion inexpugnable qui fixe les lignes stratégiques à perte de vue, de la Méditerranée au Golfe persique ». Dimension dont a hérité son fils Bachar. Lequel Bachar, s’indigne le bon apôtre atlantiste Makarian, met actuellement à profit le plan Annan pour achever de réduire à néant les revendications des Occidentaux et, accessoirement, « poursuivre son programme d’horreurs » comme l’écrit notre fin analyste.

On l’aura compris, Christian Makarian n’est pas satisfait du plan de paix porté par Kofi Annan et accepté par Damas : pour lui, ce plan n’a « aucune crédibilité« , en débit des « efforts louables » de son promoteur. Et ce parce qu’il reprend les mots et les exigences des protecteurs russes et chinois de Bachar : notamment il met sur le même plan, en ce qui concerne les violences, le pouvoir et l’opposition, et cette simple objectivité reste visiblement en travers de la gorge de M. Makarian. Et puis, ajoute-t-il, plus globalement, cette « voie conciliante » des Occidentaux vis-à-vis de Moscou et de Pékin, sinon de Damas, « revient à un aveu d’impuissance« .

Mon Dieu, M. Makarian, comment en est-on arrivé là ?! Eh bien, explique notre sage, « le drame syrien a surpris, par sa complexité, les chancelleries européennes et américaine« . Qui ont sous-estimé la capacité de résistance du régime et « trop misé sur une montée en force des rebelles, hâtivement jugés susceptibles d’entraîner la chute de Bachar al-Assad« . Et Makarian de critiquer vertement la contradiction  majeure des Occidentaux qui ne veulent pas intervenir en Syrie comme en Libye, mais refusent aussi d’armer la rébellion, par peur des islamistes. Bref, le M. Syrie (avec l’ineffable Ravanello) d’I-Télé reproche comme les dirigeants séoudiens et qataris aux Euro-Américains d’hésiter à fabriquer une guerre civile en Syrie ! Encore un de ces redoutables « amis de la Syrie » qui ont colonisé les plateaux de télé depuis un an qu’on parle de ce pays.

Parce que ce que M. Makarian reproche aux Américains et aux Européens, il pourrait tout aussi bien se le reprocher à lui-même. Oui, comme tant d’autres, Christian Makarian nous a vendu tous les mensonges, toutes les prédictions péremptoires que lui inspiraient ses préjugés politiques et ses intérêts professionnels : les manifestants unanimement pacifiques, le tyran Bachar coupé de son peuple et s’appuyant sur une armée de sicaires, la dimension humaniste et démocratique des radicaux syriens, puis, plus tard, le rôle civique des combattants de l’ASL, une ASL repeinte aux couleurs de la cool-démocratie, bref une sorte de prolongement armé mais citoyen de l’opposition branchée Facebook ! Et n’oublions pas le rôle admirable des Américains et des Européens, sans oublier celui d’Erdogan et des roitelets du Golfe devenus soudain, dans la bouche de M. Makarian et de ses collègues, des amis de la Liberté et de la tolérance.

Désinformateur néo-conservateur

Oui, toutes les falsifications, toutes les simplifications qu’il était possible d’imaginer à propos de la Syrie, Makarian les a vendues comme d’autres au téléspectateur français : à l’écouter pendant des mois, la situation syrienne n’avait alors rien de complexe, puisqu’il s’agissait à l’en croire d’une masse de gentils contre une poignée de méchants.

Un an et pas mal de déconvenues plus tard, le désinformateur Christian Makarian se la joue dénonciateur des illusions qu’il a lui-même partagées – et propagées. Notez bien que ça ne l’incite pas à plus de modération puisqu’il semble bien déplorer, comme un vulgaire émir qatari, qu’on n’arme pas (d’avantage) les bandes qui ensanglantent la Syrie. Et notre homme d’oser terminer son papier par cette phrase, véritable appel à l’extension du conflit : « La solution, en Syrie, ne pourra pas ressembler à une trève ».

Un peu avant, Christian Makarian a conclu son article en évoquant – quand même ! – le « repoussoir » absolu qu’a représenté, pour pas mal de Syriens et d’observateurs  étrangers un  peu lucides, l’Irak voisin, confronté quotidiennement, grâce aux Américains, à un « mélange d’attentats et de terreur inter-communautaire« . Et il indique que « même les responsables israéliens sont épouvantés à l’idée de se retrouver avec une poudrière syrienne ouverte à tous les djihadistes, directement à leurs portes« . On est content que Makarian reconnaisse in extremis la présence de djihadistes en Syrie. Mais on se demande s’il ne nous enfume pas encore avec l’attitude d’Israël qui, en matière d’islamisme, n’a pas eu peur de soutenir, « à ses portes » le Hamas contre le Fatah, et d’une manière générale cherche à diviser tous ses voisins arabes sur des bases communautaires et à les affaiblir par des guerres (cf son rôle dans le conflit irako-iranien).

Israël a peur ? C’est bien ce qui doit chagriner le plus, dans cette histoire, le sieur Makarian, pilier de la rédaction d’un journal, L’Express, accroché depuis JJSS à sa ligne sioniste et néo-conservatrice, et qui a poussé l’ignominie, à propos de la Syrie, a s’associer aux manipulations de BHL et de sa revue israélo-américaine de langue française La Règle du jeu ! Tout au long de ses articles, Makarian n’a-t-il pas tiré contre tout ce qui bougeait contre le Nouvel ordre mondial à direction yankee, de Hugo Chavez à Bachar al-Assad, en passant bien sûr par Poutine – dont, dans un article, il osait écrire que son élection par 64% des électeurs russes n’était pas une vraie victoire !

Christian Makarian n’est qu’un de ces désinformateurs néo-conservateurs qui trustent les rédactions de ce pays, chargé de falsifier les réalités pour justifier toutes les agressions de l’Empire otano-libéral. Aujourd’hui, il n’est visiblement pas content : c’est un très bon signe pour la Syrie et au-delà pour  tous ceux qui ne veulent plus de l’hégémonisme, médiatique diplomatique et militaire, des amis et employeurs de M. Makarian !

 



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23 commentaires à “Quand Makarian pas content…”

  1. Vanalic dit :

    Christian Makarian, à priori c’est tout le contraire de Gérard Chalian…

  2. Vanalic dit :

    vanalic

    3 avril 2012 à 17:11
    Diabolisons ! Diabolisez ! Encore et Toujours jusqu’à l’irakisation de la situation…

    «les habitants craignent la poursuite de la campagne d’arrestations et de perquisitions»

    Mais de quels habitants parle donc l’AFP ?

    Certes, la vie n’est pas tout à fait rose en Syrie, mais à entendre ou à écouter certaines relations sur place la vie malgré tout continue à Damas, à Alep, à Hama, Homs Tartous et ailleurs…

    Les reproches fusent sur le régime syrien, certes, qui n’est pas aussi  » démocrate  » que l’Occident, voire la Turquie, l’Arabie Saoudite et surtout le Qatar…

    A qui la faute, si le plan de Kofi Annan à priori n’est pas respecté ?

    L’Occident, cherche-t-il vraiment que la paix s’instaure dans cette région ? C’est à se demander ?

    Aucun respect d’ailleurs de la part de nos dirigeants et les médias, ils continuent à nous prendre pour des imbéciles et ignorants…

    Vivement le 6 mai, pour virer tout ce beau monde, à leur tête le sacro saint Alain Juppé…

    • Kegan dit :

      Il porte très mal son « ian » ce Makar »ian » ci et il nous fait honte; il ne doit lui rester de son armenienneté que le nom, dommage…

      • malja dit :

        il devrait aller du côté de Deir El Zor visiter les grottes où sont peuple a été exécuté par ses amis Turcs Ça le ferait peut être réfléchir surtout en écoutant les Arméniens de Syrie qui lui raconteront que le peuple Syrien a su les protéger.

  3. vilistia dit :

    Nous avons bientôt gagné car c’était bien une bataille.

    Les morts innocents regarderont la déchéance occidentale !

  4. tarico dit :

    Excellent article.
    On peut excuser la masse des gens qui n’y connaissent rien en géopolitique, qui n’ont aucune idée de la complexité du moyen orient.
    Mais ce monsieur Makarian agit en toute connaissance du dossier, et sa duplicité ne fait aucun doute.

  5. Merrick dit :

    Tous les atlanto-sioniste sont contre le plan de Kofi Annan !
    Concernant Israël
    Selon Efraim Halevy, ancien chef du Mossad, « Israël subira sa plus grande défaite stratégique en cas du succès du plan de Kofi Annan …  »
    http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=57669&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1
    Samuel va encore chialer !

    • Cécilia dit :

      Merci Merrick pour le lien dont je fais copie-collée pour les narguer encore plus !

      La survie du règne d’Assad constituera une défaite cuisante à Israël

      Ancien chef du Mossad« Israël » subira sa plus grande défaite stratégique en cas du succès du plan de Kofi Annan sur la Syrie qui n’envisage pas la chute du président Bachar Assad, c’est ce qu’a déclaré lundi Efraim Halevy, l’ancien chef du Mossad.

      Dans un article publié dans le Yediot Ahranot, Halevy a estimé que « si la mission d’Annan réussit, si la paix se rétablie en Syrie, et si le monde accepte la survie du régime d’Assad dans le berceau Téhéran, et si la Turquie, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne accepte d’appliquer le plan d’Annan, nous connaitrons alors la défaite stratégique la plus cuisante depuis la création d’Israël ».

      Il a ajouté : « Si tout cela s’applique sans qu’Annan prenne en considération les intérêts d’Israël, la défaite sera accrue ». « Le gouvernement israélien doit faire face à ce défi politico-sécuritaire, mais il est jusqu’à présent silencieux ».

      Selon Halevy, « le plan d’Annan a fait d’Assad un partenaire principal dans la résolution de la crise syrienne, après qu’il était la source du problème ». Cependant « l’Iran est devenu l’allié stratégique des puissances mondiales dans les efforts visant à trouver une issue à la crise syrienne »

      « Un des objectifs de l’Iran commence à se réaliser avant même le début des négociations nucléaires, à savoir : devenir une puissance régionale au Moyen Orient » a poursuivi l’ancien chef du Mossad.

      • betehem dit :

        Je trouvais aussi le silence d’Israël plutôt fumeux.
        Bien fait pour eux. Si tout ça pouvait changer les choses au Moyen Orient et pour les Palestiniens, les vrais martyrs syriens n’auront pas perdu leur vie pour rien. Je veux dire, simplement parce que des fous sanguinaires sans tête et sans morale passaient hélas par là.
        Ca ne consolera pas les familles des victimes, je sais.
        Et je leur transmet mon respect et, et que dire…

      • Kegan dit :

        Il y en a un qui a bien compris la situation!

      • malja dit :

        Méfiance Annan de par son mariage est un serviteur d’Israel et votre ex chef du Mossad dans ses propos n’est que dans l’attitude préférée d’un Israélien « Le pleurnicheur »

    • Kegan dit :

      Samuel est un niaiseux!

  6. l'ingenue dit :

    C’est quoi ce titre vraiment trompeur du Monde à propos de l’Arabie Seoudite .Je vous laisse le decrypter
    Depuis quand l’arabie seoudite votait ses lois hahahaha

    Monde
    Les Saoudiens votent une loi contre le financement du terrorisme

    Mis à jour le 03.04.12 à 20h35
    L’Arabie saoudienne a adopté une législation interdisant le blanchiment d’argent sale au bénéfice des groupes «terroristes», comme le préconise le gouvernement américain depuis les attentats du 11 septembre 2001.

    Selon le ministre de l’Information, Abdoul Aziz Khoja, ce texte comprend « des règles relatives aux crimes de financement du terrorisme, d’actes terroristes et d’organisations terroristes », précise mardi le journal saoudien Arab Daily News.

    Un autre texte est envisagé traitant tout particulièrement du financement d’activistes, allusion vraisemblable à un projet de loi contre le terrorisme actuellement soumis à la Choura (Conseil consultatif).

    Le royaume wahhabite, allié stratégique de Washington dans la région, a commencé à lutter contre le financement des activistes au lendemain des attentats contre les Etats-Unis et de la vague d’attaques qui se sont produites sur son sol.

    Selon un télégramme diplomatique confidentiel du département d’Etat américain datant de 2009 et diffusé par WikiLeaks, l’argent saoudien «constitue la plus importante source de financement des groupes terroristes sunnites dans le monde entier».

  7. Julie dit :

    Je ne sais pas si quelqu’un a déjà mis ce lien sur le site. Il s’agit de l’interview d’un journaliste qui a démissionné d’al Jazeera. Ils donne peut-être l’explication de la rupture très brutale des amours Syro-Qatariennes.
    Très intéressant.

  8. Charles dit :

    Quand Makarian n’est pas content, Louis Denghien n’est pas mécontent. Et nous aussi. On voit bien que vous l’attendiez au tournant celui-là, et vous ne le ratez pas. Bravo ! Et merci, Louis.

  9. Byblos dit :

    Makarian/Erdogan, même combat!
    Marrant, non?

  10. Mohamed Ouadi dit :

    Témoignage en SYRIE : Une lettre d’un prêtre résidant à Homs
    « Ma maison n’est plus ma maison et mes voisins ne sont plus mes voisins »
    par Père Ziad Hilal

    Mondialisation.ca, Le 4 avril 2012
    silviacattori.net

    Voici une lettre adressée, le 15 mars 2012, par un prêtre jésuite résidant à Homs à un de ses confrères en Belgique. Cette lettre relate le quotidien dans le quartier chrétien de Homs occupé par des opposants armés.

    MA MAISON N’EST PLUS MA MAISON
    ET MES VOISINS NE SONT PLUS MES VOISINS

    À Homs, les quartiers de Bustan el-Diwan, el-Hamidiyyé et el-Arzoun, appelés « la région chrétienne », se sont vidés de leurs habitants. Ceux-ci les ont abandonnés après avoir vécu une bataille sanglante. Ils ont préféré partir vers les montagnes environnantes ou des villes plus éloignées, à la recherche de la tranquillité après une semaine de terreur à la fin du mois de février.

    Dans notre quartier de Bustan el-Diwan, il ne reste que nous pour garder notre Résidence et les maisons de ceux qui sont partis. Les nuits se passent sans que nous entendions les querelles des voisins ou les cris des passants et les chuchotements des enfants. Les écoles ont cessé les classes et les magasins ont fermé leurs portes, quant aux églises, les prêtres les ont délaissées, confiant leur garde aux laïcs.

    La vue des maisons, des rues, des magasins, des églises et des mosquées fait peur ; pas un seul endroit qui ait été épargné des balles et de la destruction : les lignes d’électricité et de téléphones sont coupées, les conduites d’eau détruites, les réservoirs de mazout et d’eau éventrés. Notre Résidence aussi n’est pas étrangère à tout cela. Trois balles sont entrées par la fenêtre de la chambre du P. Frans van der Lugt alors qu’il était dans la salle de l’ordinateur : c’est ce qui l’a sauvé. Une balle perdue est entrée par la fenêtre de ma chambre et s’est dirigée vers le lit où je dormais, et j’ai été sauvé par le radiateur à huile qui se trouvait à côté de mon lit et qui l’a arrêtée. Notre maison n’est plus en sécurité, notre quartier et notre ville non plus.

    J’avais terminé ma dernière lettre avec la crainte de devoir dire : « Mon Dieu, il ne reste plus que nous ! » Or c’est bien notre situation depuis trois semaines. Il ne reste avec nous que les pierres qui attendent le retour des êtres humains.

    La situation a empiré au début de ce mois, quand beaucoup de nos concitoyens sunnites ont abandonné leurs quartiers au sud de Homs et se sont dirigés vers les « quartiers chrétiens ». Comme la plupart des maisons étaient vides, abandonnées par leurs habitants, les nouveaux arrivants n’avaient qu’à entrer et s’y installer, cherchant un refuge qui les protège du froid glacial de l’hiver de cette année. Des femmes, des enfants, des jeunes et des vieux de toutes les classes sociales sont arrivés dans des camionnettes, qui les ont déchargés pour aller en chercher d’autres.

    Cela a poussé certains chrétiens à revenir malgré la situation difficile et le danger réel ; ils ont trouvé que la maison n’était plus à eux et que leurs voisins avaient changé ! Une situation humaine désastreuse dans le vrai sens du terme, qui annonce un changement démographique dans nos quartiers et un conflit qui nous avait été épargné jusque-là. À qui s’adresser dans une situation pareille pour avoir un jugement équitable et une décision qui permette aux gens de s’orienter. Qui pourra rendre à chacun son dû. Il n’y a plus ni agents de sécurité, ni représentants de l’État, les membres du clergé et les cheikhs ne sont plus capables de jouer un rôle de médiateurs. Bref, il n’y a plus aucune référence judiciaire ou civile pour juger les affaires des gens.

    Nous avons essayé, dans notre Résidence, d’offrir une aide humanitaire à tous sans discrimination, mais la situation est extrêmement difficile. Comme jésuites, nous avons décidé d’aider soixante familles parmi les plus nécessiteuses et les plus touchées, mais au bout d’un certain temps le nombre à atteint les cinq cents familles, et aujourd’hui ils sont des milliers. Et ce ne sont pas des chiffres imaginaires. En effet, beaucoup ont perdu leur travail et leur gagne pain, et beaucoup ont quitté la ville pour sauver leurs vies et leurs familles. Les demandes d’aide ont augmenté et notre situation est devenue très pénible. Car l’insécurité ne permet ni de visiter les gens, ni de transporter la nourriture ou les produits de première nécessité.

    La situation économique n’aide pas à répondre aux besoins. Il est, par exemple, très difficile de se procurer les médicaments pour beaucoup de malades : les cardiaques, les diabétiques, etc. En outre, toutes les cliniques et les pharmacies dans nos quartiers ont fermé leurs portes. Les demandes augmentent chaque jour et chaque jour le nombre de ceux qui fuient leur quartier augmente. L’impossibilité pour les associations humanitaires d’entrer dans la ville de Homs ne fait qu’empirer les choses. En effet, ni ils peuvent nous aider, ni nous faciliter la tâche pour faire parvenir les aides. Chacun veut travailler pour son propre compte ce qui rend la situation encore plus compliquée et augmente toujours plus l’anxiété des gens. Même comme Églises nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur l’organisation de la distribution des aides humanitaires, chacun faisant à sa guise. Et l’absence des évêques n’aide pas à parvenir à un accord clair.

    Homs ne peux plus accueillir ses visiteurs comme autrefois, avec joie et de grand coeur. Désormais c’est au bruit des balles, les sacs de sable et les chars, des armes aux mains de beaucoup d’adultes et même d’enfants qu’elle les accueille. Elle les accueille aussi avec les sacs de poubelles qui envahissent les rues et les quartiers. Entrer et sortir de la ville est devenu une aventure risquée. Chacun veut être seul vainqueur, d’une bataille dans laquelle le pays perd ses enfants. Seul l’ange de la mort est vainqueur et les tombes seulement se sont enrichies de nouveaux habitants au bout des ces mois difficiles.

    Les opinions des gens concernant les événements divergent, selon le point de vue de chacun, ou plutôt selon son intérêt et l’intérêt de ceux qui lui sont proches. Chacun proclame « la nation c’est moi », et chacun est convaincu qu’il a raison. Les habitants de Damas et d’Alep se contentent de regarder ce qui arrive, attendant la fin ou la solution ou au moins le projet d’une solution. Ils ont peur de l’inconnu qui mènera le pays vers un abîme encore plus profond.

    La situation économique empire jour après jour, et les prix explosent. Le prix d’un kilo de sucre dépend du prix du dollar américain : il monte ou descend selon que le dollar monte ou descend. Ce dernier mois le taux de change du dollar a atteint les 100 livres syriennes. Cela a affolé les commerçants et a augmenté le désespoir des gens.

    Quant au domaine politique, ni nos hommes politiques ont un projet qui allège les préoccupations de nos compatriotes, ni les pays voisins ou le monde ne sont pas capables de nous annoncer une solution prochaine de la crise. Les perspectives de paix sont devenues aussi lointaines que les oiseaux du ciel qui nous ont quittés cette année à cause du sifflement des balles qui volent au ciel dans tous les sens. Et les médias, avec leurs chaînes TV et leurs journaux sont devenus des agents instigateurs d’un parti contre un autre. Il n’y plus d’objectivité et la vérité a déserté l’image, l’écriture et la voix.

    Malgré tout cela nous continuons comme jésuites à travailler chacun selon ses responsabilités et sa mission. Nous faisons tout notre possible pour alléger les souffrances des gens et les aider à traverser cette crise. Notre nombre, bien que réduit, ne peut être une excuse ou un obstacle qui nous empêche de faire entendre au monde leurs voix et la nôtre afin que la paix advienne enfin. Ce qui nous amène à nous demander : comment pouvons-nous, du coeur même des événements renverser le cours des événements ? C’est ce que nous cherchons à faire par notre présence dans ce pays, dans cette ville, dans ce quartier et dans notre Résidence, travaillant sans cesse avec tous les partis pour le plus grand bien de l’Homme parce qu’il est à l’image de Celui à qui revient la plus grande gloire.

    P. Ziad Hilal, s.j.
    le 15 mars 2012
    http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30136