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La contestation est de retour au Bahrein où des affrontements d'ampleur ont opposé mardi 24 janvier manifestants chiites et policiers dans les localités de Duraz, Sanabis, Dair et Al-Ekr. Le ministère bahreini de l'Intérieur parle de 41 policiers et "plusieurs manifestants" blessés. Et accuse "des hommes et des femmes masqués", et armés de cocktails  Molotov d'avoir provoqué les forces de l'ordre. Pas en reste, le chef de la sécurité générale du royaume, Tarek al-Hassan, a dénoncé " l'action des groupes [...]



Bahrein : le feu couvait sous la cendre

Par Guy Delorme,



Manama en février dernier : depuis les raisons de la colère chiite n'ont pas disparu...

Manama en février dernier : depuis les raisons de la colère chiite n'ont pas disparu...

La contestation est de retour au Bahrein où des affrontements d’ampleur ont opposé mardi 24 janvier manifestants chiites et policiers dans les localités de Duraz, Sanabis, Dair et Al-Ekr. Le ministère bahreini de l’Intérieur parle de 41 policiers et « plusieurs manifestants » blessés. Et accuse « des hommes et des femmes masqués« , et armés de cocktails  Molotov d’avoir provoqué les forces de l’ordre. Pas en reste, le chef de la sécurité générale du royaume, Tarek al-Hassan, a dénoncé  » l‘action des groupes de saboteurs (qui) ont bloqué des routes dans plusieurs villages mardi soir et commis des actes terroristes« .

La situation a été jugée assez grave par Washington – parrain protecteur de toutes les monarchies du Golfe – pour que le Département d’Etat annonce, le 23 janvier, le « déplacement » des membres du personnel de leur ambassade, ainsi que de leurs familles, « pour raisons de sécurité« .

Plus tôt, le 8 janvier, Victoria Nuland, porte-parole du Département d’Etat, dont le temps est d’ordinaire occupé par la Syrie, avait lu d’un communiqué dans lequel elle exprimait la profonde préoccupation du gouvernement américain quant à la situation dans le royaume. Elle avait demandé au gouvernement bahreini d’enquêter sur les violences commises par les forces de l’ordre, lors d’une manifestation, contre Nabil Radjab, une figure de la contestation. Rappelons que le Bahrein abrite une importante base navale américaine…

La question chiite toujours sans réponse

De son côté, Matar Matar, un des dirigeants d’al-Wefaq, le principal mouvement d’opposition chiite au Bahrein, précise que parmi les manifestants blessés, un jeune homme a été grièvement blessé à la tête par une grenade lacrymogène. Il signale des troubles à Sitra et Bani Jamra, villages chiites des environs de Manama, la capitale du Bahrein.

Après le printemps bahreini – février-mars 2011 – réprimé comme on sait par les troupes bahreini renforcées de contingents séoudiens, le royaume a pu donner l’impression d’un retour forcé au calme, alors que les projecteurs de la conscience universelle se braquaient durablement, après l’Egypte et la Tunisie, sur la Libye et la Syrie. Et puis, les mêmes causes – le statut de citoyens de seconde zone de la minorité chiite – entraînant les mêmes effets, l’agitation a repris en décembre : le 31, un adolescent était tué par un tir tendu de grenade lacrymogène. Des manifestations d’une ampleur inédite, ou pas vue depuis la révolte du printemps dernier – avaient alors touché la plupart des villes du Bahrein, y compris la capitale Manama (voir notre article « Quand le Bahrein se rappelle au « bon souvenir » de la Ligue arabe« , mis en ligne le 2 janvier).

Le fond de l’affaire comme on vient de l’évoquer réside dans la structure sociale et religieuse du royaume sunnite, voisin et allié de l’Arabie Séoudite : 70% des 1,2 millions de citoyens du Bahrein sont d’obédience chiite, mais n’ont pas les mêmes possibilités sociales et politiques que la minorité sunnite dont émane la dynastie régnante. Quand on aura ajouté, mais nos lecteurs l’avaient déjà deviné, que, à l’instar de son voisin séoudien, le Bahrein est de toute façon très loin de pratiquer la démocratie politique – et religieuse – qu’il accuse la Syrie de bafouer, on comprendra la pérennité et la violence du malaise.

Le sort peu enviable des « minorités majoritaires » est un problème récurrent dans la plupart des pétro-monarchies du Golfe, et une véritable bombe à retardement politique. Qui peut exploser d’autant plus facilement que le conflit quasi-ouvert de ces monarchies avec l’Iran tout proche attise encore ces tensions communautaires.

Des troubles, encore mineurs, à caractère religieux ont également affecté l’Arabie Séoudite le mois dernier. Le Koweit a été bien plus durement secoué, même si la coloration religieuse du mouvement était là moins évidente. Bref, le Conseil de coopération du Golfe, en pointe dans la campagne anti-syrienne au sein de la Ligue arabe, est assis sur un volcan. Qui a tendance à se réveiller. Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue, pourrait bientôt organiser au Caire des sommets qui parlent d’autre chose que de la Syrie.

Manifestants chiites à Muqsha (ouest de Manama),le 24 décembre 2011

Manifestants chiites à Muqsha (ouest de Manama),le 24 décembre 2011

 



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5 commentaires à “Bahrein : le feu couvait sous la cendre”

  1. NO PASARAN dit :

    Heureusement, rien à signaler au Quatar ! ;-) ;-) ;-)

  2. NO PASARAN dit :

    Au fait, répondant aux menaces de sanctions de ne plus acheter de pétrole iranien en Occident à partir de juillet, l’Iran aurait décidé de suspendre ses livraisons dès la semine prochaine… a vérifier…

  3. Kouyaté dit :

    Que Dieu accorde le matyr a tout ceux qui sont tombés et qui continu a tombé sur le chemin de la liberté,la dignité.La victoire n’est pas loin,l’Imam MAHDI est avec lui.

  4. Vanalic dit :

    NO PASARAN

    Au fait, voila ce dont j’ai lu à ce sujet (pétrole iranien) sur Press Tv, ce matin.
    Ci-dessous,lien du texte, rédigé en anglais,et la traduction d’un extrait.

    ‘Iran oil war will bring EU to knees’
    Fri Jan 27, 2012 2:4PM GMT

    http://presstv.com/detail/223382.html

    « Le législateur a dit,jouer avec la troisième grande puissance pétrolière au monde affectera certainement les transactions internationales du pétrole et du gaz, l’Europe ne sera pas à l’abri des fluctuations du prix du pétrole.
    Il a déclaré que le Majlis iranien envisage un plan pour arrêter complètement les exportations de pétrole aux membres de l’UE, qui d’abord paralysera l’économie de l’Italie, l’Espagne et la Grèce. » Extrait.

  5. Kinan dit :

    QUELQUES PRECISIONS SUR BAHREIN :

    « Manama en février dernier : depuis les raisons de la colère chiite n’ont pas disparu… »
    Certainement, mais ce qui a disparu, par contre, c’est le monument de la Perle que l’on voit sur cette photo., détruit par les autorités bahreïnies après que les opposants ont fait de ce monument un symbole de ralliement :
    http://www.nytimes.com/2011/03/19/world/middleeast/19bahrain.html

    Autre précision, Nabil Rajab qui est évoqué dans cet article et qui anime un organisation de défense de droits de l’homme à Bahreïn, est un de ces hommes qu’une certaine élite américano-occidentale utilise pour réaliser des révolutions colorées. Notre bonhomme est proche d’une des fondations dédiée à cela, la Freedom House : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fa/Visit_to_Freedom_House_with_Abdulhadi_alkhawaja.jpg (à gauche sur la photo)

    Enfin, le parti al-Wefaq est un parti confessionnel chiite. Ce parti s’est de plus adjoint récemment les services du délicieux Ahmad Chalabi qui servît en son temps de marionnette irakienne aux Etats-Unis, avant et après le renversement de Saddam Hussein. Les services de Chalabi, comme l’ont déclaré des dirigeants du Wefaq au New York Times, lui ont pêrmis d’obtenir des contacts à Washington – et très probablement de garantir qu’en cas d’appui de Washington au Wefaq, la fameuse base de Manama serait garantie :
    « Jawad Fairooz, secretary general of Wefaq and a former member of Parliament in Bahrain, acknowledged that there had been contacts with Mr. Chalabi. “Mr Chalabi has helped us with contacts in Washington like other people have done and we thank them,” Mr. Fairooz said. “But we are not allowing any person or party from outside to dictate us what to do in Bahrain.”
    http://www.nytimes.com/2012/01/26/world/middleeast/26iht-m26-bahrain-conflict.html?pagewanted=2&_r=1&sq=wefaq%20%20%20chalabi&st=cse&scp=1

    Que la monarchie bahreïnie, inféodée aux Américains (base de la Vème flotte) soit ébranlée par une révolte populaire n’est évidemment pas pour me déplaire. Et les bahreïnis, notamment les chiites majoritaires et discriminés pour leur religion, ont de bonnes raisons de le faire.
    Néanmoins gardons nous de nous réjouir trop vite. Dans un contexte où l’Arabie saoudite a pour premier partenaire commercial la Chine (devant les USA, désormais), où elle pourrait se mettre à utiliser le yuan au lieu du dollar pour ses échanges avec elle et où d’un autre côté elle craint un contagion de la révolte dans ses zones chiites (comme à Qatif récemment) dont certaines sont pétrolifères, la révolte bahreïnie pourrait :
    1° – servir aux Américain à faire pression sur l’Arabie saoudite et le CCG, par la menace d’une révolution colorée à Bahreïn afin de maintenir la domination US sur ce bloc en formation
    2° – En cas de révolution colorée et confessionnelle à Bahreïn (le Wefaq et Rajab seraient de bons instruments entre les main des Américains pour cela) servir à aggraver encore le confessionnalisme au Moyen-Orient afin d’en redessiner la carte selon le principe du morcellement ethnico-confessionnel qui est le rêve de l’entité sioniste, et radicaliser l’opposition CCG-Iran.

    Contentons nous plutôt de souhaiter aux jeunes bahreïnis de réussir en évitant ces pièges sérieux qui leur sont tendus à eux et à tout le Moyen-Orient par la commisération sélective et intéressée des Américains.