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C'est plus une nouvelle qu'un événement, et à peine une surprise : l'ambassadeur américain à Damas Robert Ford a été rappelé aux Etats-Unis. L'annonce de ce retour "temporaire" au pays a été faite lundi 24 octobre par un communiqué du Département d'Etat. Mark Toner, porte-parole de ce ministère, a expliqué que Robert Ford avait dû quitter, le week-end précédent, Damas à cause de "menaces crédibles contre sa sécurité personnelle". Il n'a pas été précisé quand il regagnerait son ambassade, qui [...]



See you next time, Mr Ford !

Par Louis Denghien,



Robert Ford faisant l'ambassadeur "classique", en janvier dernier, avant sa mutation activiste

Robert Ford faisant l'ambassadeur "classique", en janvier dernier, avant sa mutation activiste

C’est plus une nouvelle qu’un événement, et à peine une surprise : l’ambassadeur américain à Damas Robert Ford a été rappelé aux Etats-Unis. L’annonce de ce retour « temporaire » au pays a été faite lundi 24 octobre par un communiqué du Département d’Etat. Mark Toner, porte-parole de ce ministère, a expliqué que Robert Ford avait dû quitter, le week-end précédent, Damas à cause de « menaces crédibles contre sa sécurité personnelle« . Il n’a pas été précisé quand il regagnerait son ambassade, qui restera cependant ouverte. Cet éventuel retour dépendra de l’appréciation par ses employeurs de « la situation sur le terrain » en matière de sécurité. Et précisant sa pensée et celle d’Hillary Clinton, Mark Toner a eu cette phrase en forme d’avertissement : « Nous espérons que le régime syrien va mettre fin à sa campagne de provocation contre l’ambassadeur Ford. »

A provocation, provocation et demie

La « campagne de provocations du régime syrien« , ce sont essentiellement les manifestations, plus ou moins spontanées, mais toutes sincères et motivées, qui ont accueilli ces dernières semaines Robert Ford dans ses visites d’encouragement aux opposants, à Damas et ailleurs : à plusieurs reprises, M. Ford et son escorte ont été confrontés à des petits groupes de supporteurs assez remontés de Bachar, qui ont accablé d’insultes, de tomates, d’oeufs et parfois de pierres les Américains (voir nos articles « Damas : l’ambassadeur américain obligé d’écourter son ingérence » et  » L’ambassadeur Ford poursuit ses consultations sous une pluie de tomates« , mis en ligne le 25 août et le 3 octobre).

Rien de bien méchant, sinon de très diplomatique. Mais ces « provocations » répondaient à d’autres, bien plus graves, dont était responsable cette fois Robert Ford. Celui-ci, bien évidemment avec le feu vert de son administration, pratiquait depuis des mois une « diplomatie d’ingérence », et même de déstabilisation, en apportant physiquement et symboliquement le soutien de Washington à tous les opposants déclarés du gouvernement syrien. Y compris et surtout les plus radicaux, comme les islamistes : un temps fort de cette stratégie avait été sa présence aux côtés des manifestants de Hama, qui mettaient la grande ville du nord en situation insurrectionnelle (voir notre article « A Hama les Américains inventent l’ingérence tranquille« , mis en ligne le 11 juillet). Combien de nations souveraines auraient accepté un tel comportement de la part d’un diplomate accrédité sinon ami ? Cette attitude de Ford est d’autant plus contestable qu’il avait lui-même reconnu la plausibilité de l’existence de groupes activistes armés dans le drame du massacre de policiers de Jisr al-Choughour, en juin dernier (voir notre article « L’ambassadeur américain en Syrie reconnait l’existence de groupes armés« , mis en ligne le 24 juin).

Réponse du berger syrien à la bergère américaine, Imad Moustapha, ambassadeur syrien à Washington, a aussitôt été rappelé à Damas. Le Quai d’Orsay a précisé de son côté que l’ambassadeur français, Eric Chevallier, resterait à son poste. Il est vrai que, un peu moins en pointe que son collègue américain dans l’activisme anti-Bachar, il n’a pas suscité le même niveau d’hostilité militante, même s’il a dû faire face lui aussi, une seule fois, à un « comité de réception » (voir notre article « L’ambassadeur Chevallier victime collatérale de l’activisme sarkozyste« , mis en ligne le 26 septembre).

On peut considérer que ce rappel de l’ambassadeur Ford s’inscrit encore dans la campagne de « dramatisation » de la situation syrienne voulue et menée par la Maison Blanche pratiquement depuis le début des troubles. Il en faudra cependant (un peu) plus pour amener le Conseil de sécurité des Nations-Unies à autoriser une intervention otanesque en Syrie.



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41 commentaires à “See you next time, Mr Ford !”

  1. Candide dit :

    C’est pas une bonne nouvelle pour la Syrie… Il va falloir se méfier des conséquences !

    • Nouh dit :

      Exactement !

    • Cécilia dit :

      Si Candide, c’est une très bonne nouvelle.

      Le souhait des Syriens a été exaucé…
      Depuis longtemps, des manifestants réclamaient son départ par la parole, en anglais et en arabe, et par le geste (tomates et des oeufs).Il y a même une compagne des jeunes syriens sur internet comment l’accueillir! Même certains intervenants à la télé syrienne le réclamaient.

      C’est samedi qu’il quitté Damas alors que la veille a été reçu par des tomates et des oeufs devant la mosquée al-Hassan dans le quartier al-Midan à Damas.

      Cela est arrivé aussi à l’église al-Salib al-Muqaddas l’été dernier, chassé par le Père Louqa, puis dans l’église al-Maryamyeh (le Père Hazim), toujours à Damas et entre temps, Celle de Mar Taqla de Maaloula, sans parler de sa visite à un avocat opposant à Damas et et et …. pour ne pas citer que cela.

      La situation est devenue tellement tendue que les Syriens parlaient de ses visites éventuelles même à Alep. Et on a commencé à préparer des oeufs (la Syrie quatrième producteur que les Syriens répétaient ironiquement)!

      De toute façon, entre la Syrie et USA, les relations diplomatiques n’étaient jamais bonnes.

      • Cécilia dit :

        Je dois ajouter que l’annonce de la nouvelle a été accueilli avec joie par des cris et des manifestations spontanées à Damas.

      • joujou dit :

        je ne suis pas d’accord, le depart de Ford ce n’est pas une bonne nouvelle. mais c’est bizard qu’il parte comme ca : les conditions de securite n’ont pas change, rien n’a change.
        il faut attendre la suite pour connaitre les vrais raisons pour ce depart.
        je pense qu’il va y avoir une histoire louche comme l’ahabitude.
        Dieu garde la syrie et les vrais amis de la syrie.

    • Sam dit :

      veuillez elaborer, quelles consequences ? est ce une analyse ou un voeu pieux ?

      • BWANE dit :

        Sam,
        pendant que chaque jour que Dieu fait apporte son lot d’enterrements des victimes des « militants pacifiques », mais aussi des progrès effectués dans l’éradication des agents stipendiés de la destruction et de la mort (la liberté, c’est la mort semblent penser ces démocrates façon Otan, à l’instar de ce général franquiste), nos misratistes maison sont à l’affut de n’importe quelle nouvelle qui semble apporter un quelconque faux crédit aux chimères conçues par leur programmation défectueuse ; c’est ailleurs qu’il faut entendre « le chant des matelots », certes.

      • Candide dit :

        C’est une analyse !

        • stephane dit :

          une analyse? ah bon? tu a analysé quoi dans cette misérable phrase reflétant rien à part ton cynisme?

          • Candide dit :

            Stéphane,

            Je ne vois pas où tu veux en venir :

            A la question de Sam : « veuillez elaborer, quelles consequences ? est ce une analyse ou un voeu pieux ? »

            J’ai répondu :

            C’est une analyse !

            Et alors?

    • stephane dit :

      On n’a pas peur. Avant lui il n’y avait pas d’ambassadeur américain, et nous le considérons simplement comme un espion. Donc qu’il s’en aille. et advienne que pourra.

  2. Souriya ya habibati dit :

    Quelle tête de faara face au lion!
    Allah Souriya Bachar wbass.

    • Nouh dit :

      Enleve Allah et Souriya et garde Bachar, ca te ressemble plus

    • BWANE dit :

      Cet impudent Noé misratiste se croit déjà sous un ciel occupé par l’Otan, voyez son ton extraordinairement vulgaire-arrogant, puisqu’il veut reproduire exactement les cyniques mensonges du C.N.T. Le personnage est sans doute salarié du réseau de désinformation que l’on a spécialisé dans le traitement de la question syrienne.

      • Nouh dit :

        « misratiste » , bravo je ne connaissais pas , monsieur l’intello .

        Eh oui, je suis un agent du diable !!!

         » Le personnage est sans doute salarié du réseau de désinformation que l’on a spécialisé dans le traitement de la question syrienne. »

        Espece de parano, tu devrais te faire soigner !!!

        • stephane dit :

          c’est marrant qu’à chaque fois un clone ressors de nulle part..
          Toujours armé de ses vidéos bidons

        • Candide dit :

          «  »« misratiste » , bravo je ne connaissais pas , monsieur l’intello »"

          Faut pas pousser mémé dans les orties Nouh. Obi utilise la plupart du temps des mots dont il ne comprend ni la signification ni la portée. Examine de près son style empoulé digne des discours les plus fumeux du Maire de Champignac. Ca c’est pour la forme.

          Pour ce qui est du fond, j’ai mon opinion et je te laisse en juger.

          Courage !

  3. Souriya ya habibati dit :

    Pauvre chochotte, il avait peur des armes de destructions massives fabriquées avec des oeufs à la tomate!
    Souriya Allah hamiha wa Bachar Al-Assad ra’iha.

    • Byblos dit :

      En fait, je trouve que les autorités syriennes ont fait preuve, dans cette saga, d’une patience et d’une mansuétude indues, et que le vis-à-vis US a manifestement prise pour de la faiblesse.

      Dès la première incartade, le ministre des affaires étrangères aurait dû le convoquer pour lui demander poliment des explications, tout en lui rappelant les règles élémentaires de la diplomatie.

      À la récidive, il aurait dû être déclaré persona non grata, et prié de céder la place à u remplaçant plus discret.

      Les USA ne comprennent pas d’autre langage. Ils sont naturellement envahissants (demandez aux Amérindiens). Et il faut les remettre gentiment à leur place à chaque fois.

    • lafleuriel Zakri dit :

      Exactement, mais imaginons le problème et la réaction américaine si par hasard il avait été blessé par un éclat de coquille d’oeuf! On voit déjà le tapage fait à propos de leur piteuse invention d’attentat contre les Saoudiens qui fait rire tout le monde mais qu’Obama maintient droit dans ses bottes.Mais bientôt ce sont les bottes des Chinois qu’ils devront cirer quand ils devront rendre des comptes à ce pays qui détient la dette US.Chaque émission ou analyse en médias écrite ou etc qui examine comment va le monde, met en accusation ce pays, les banques qu’il abrite; ses manigances dans tous les pays et etc…Aujourd’hui encore et à propos de l’état de famine dans certains pays et d’ailleurs les agissements de Goldman Sachs dans la spéculation sur les produits alimentaires dont le riz : une voyoucratie qui trouve quand même des admirateurs.

  4. Souriya ya habibati dit :

    ويختم المصدر حديثه فيقول : رحيل السفير هو اعلان فشل اميركي في تنفيذ الخطط التي
    وضعت والتي كان من المفترض ان روبرت فورد سينجزها .

    فشل السفير الاميركي في مسعاه ، فلا منقلبين ذوي وزن ثاروا على النظام من داخله ولا ضباطا صغارا او كبارا ذوي نفوذ باعوا انفسهم للأميركيين ولثورتهم التي يمولها العراعرة السلفيين بوقودها الطائفي وتشاركهم قناتي الجزيرة والعربية واموال قطر وامراء السعودية في تسويقها وفي تمويلها، ولا معارضة الداخل قبلت بأن تبايع الامير  » برهان غليون  » آخر مماليك الصليبية الجديدة في واشنطن .

    رحيل السفير الاميركي من دمشق هو اشارة انطلاق عمليات تفجير وارهاب وقتل واغتيالات ستشهدها سورية إلا إن نجحت قواها الامنية وشعبها في دحر هذه الخطط كما دحرت الخطط التي قبلها
    http://www.syriasteps.com/index.php?d=110&id=77047
    C’est un article pour les arabisants qui détaille les raisons des petites vacances que Ford s’est offertes après son échec à mettre son grain de sel chez les gens de la rue qui l’ont reçu avec des oeufs et des tomates
    natures sans sel.
    Allah Souriya Bachar wbass

  5. Mohamed dit :

    Moi, je vais opter pour un scénario plus positiviste, sinon chimérique :
    Si la sagesse l’emporte demain pour que les arabes jouent un rôle pour le dénouement de la crise syrienne, pour ne pas aller plus loin dans un projet qui ne mène nulle part et qui n’a aucune chance de réussite, pour sauver le très peu de crédibilité qui leur reste, et que les américains réévaluent leur position et changent leur ambassadeurs parce que Ford s’est suffisamment ridiculisé au point d’avoir grillé ses lettres de créances.

    • Mohamed dit :

      Et si demain la délégation de la ligue arabe est accueillie par des millions de syriens qui disent ce qu’ils veulent Haut et FORT, comme à Damas et Alep, tout dernièrement.

      • sowhat dit :

        ça va faire beaucoup de tomates ! peut-être que les syriens préféreront les garder pour leur consommation

  6. Cécilia dit :

    AFP Il y a 9 heures!

    « Monsieur Ford retournera à Damas après la fin de ses consultations ».

    C’est ce que Victoria NULAND, la Porte-Parole du Département d’État, a affirmé en assurant que « l’Ambassade poursuivrera son travail normalement en l’absence de l’ambassadeur qui va aussi prendre un peu de vacance après des mois éprouvantes » .

    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h_6c0xCflrxAAIM7I5vAlqI4QXCg?docId=CNG.d475d421330c76140a512ce48095e23e.2b1

  7. Cécilia dit :

    Milan en Italie, le 22 octobre,

    Une manifestation du soutien aux réformes avec Bachar en présence de Patriarche, en exile, de Jérusalem et l’Orient des Grecs-orthodoxes, qui malgré l’âge, n’a pas perdu la force et le courage pour défendre la Syrie (regardez bien l’image lorsqu’il chante l’hymne nationale)

    http://www.youtube.com/watch?v=W1oluIFraOo&feature=related

    Candide,

    Peux-tu nous traduire STP ce que la belle italienne dit à cette occasion dans la vidéo ci-dessous?

    http://www.youtube.com/watch?v=XVVItwYg7Mg&feature=related

    Cécilia te remerciant d’avance

    • Candide dit :

      Désolé Cécilia, elle parle très vite et avec un accent. Je pense que c’est du romain.

      J’ai appris à l’école du milanais, tout comme était la langue mon 1er amour :-)

      • Cécilia dit :

        « Désolé Cécilia, »

        Sans surprise Candide!

        Après tout, ce n’est pas ta faute, c’est la faute de cette milanaise qui t’a mal appris l’italien et l’amour puisqu’elle était la première sinon, elle serait encore là avec un Candide maitrisant parfaitement la langue de Dante ! :)

        Cécilia compréhensive!

  8. julie dit :

    Un très beau moment plein de dignité.
    Quelle différence par rapport aux discours hargneux et aux appels au meurtre de leurs prêcheurs enragés!
    Merci à Cécilia d’avoir mis ce lien

    • joujou dit :

      merci Cecilia,c’est important d’avoir des gens comme vous avec leur amour inconditionnel pour la syrie.
      c’est important de voir la difference entre les gens qui sortent dans les manif pro-syrie et anti-syrie c’est tres parlant.
      allah yahmi souriah

  9. Michel dit :

    Bashar el Assad : dernier bastion contre le néo-ottomanisme d’Ankara

    Publié le : mercredi 26 octobre

    Source : rinascita.eu

    Le projet du Premier Ministre turc Erdogan de faire de la Syrie aussi une “démocratie” islamo-modérée a échoué : Damas a dit “non” !

    L’arabisme contre l’ottomanisme : tel est l’enjeu aujourd’hui au centre des débats au Proche Orient. Le défi est le suivant : pour être au diapason du grand projet occidental, il faudra forger une aire proche-orientale totalement rénovée et ravalée, avec partout des pays alliés à Washington, souples à l’égard d’Israël, qui, de surcroît, ne seraient plus que des réservoirs énergétiques, prompts à satisfaire les exigences de l’économie globale. Après les révolutions d’Afrique du Nord —qui ont été habilement déviées et orientées vers des objectifs fort différents de ceux qu’espéraient voir se réaliser les protagonistes premiers de ces effervescences révolutionnaires et populaires— la pièce maîtresse qui devait rapidement tomber, pour faire triompher le projet occidental, était la Syrie. Cependant, il s’est vite avéré impossible de renverser El Assad par une simple révolte populaire téléguidée : une bonne partie des Syriens continue à appuyer le gouvernement, surtout quand on s’aperçoit, à l’évidence, que les “manifestations pacifiques” contre le régime ne sont en réalité et dans la plupart des cas que des actes terroristes de facture islamiste perpétrés contre les autorités du pays. Damas résiste donc à toutes les tentatives de déstabilisation intérieure comme à toutes les menaces extérieures. Et Damas résiste surtout aux pressions qui voudraient faire perdre au régime ses dimensions laïques pour faire du pays une nouvelle pièce dans la mosaïque d’Etats islamistes modérés, qui devraient tous devenir les meilleures alliés de l’américanosphère occidentale. Le modèle que l’on suggère aux Syriens est le modèle turc et c’est justement Ankara qui s’est mis en tête de gérer cette “islamisation modérée” que l’on peut parfaitement définir comme un “néo-ottomanisme”.

    Il y a quelques semaines, le premier Ministre turc Erdogan s’est rendu dans les pays du “printemps arabe”, l’Egypte, la Tunisie et la Libye. Cette tournée diplomatique a été célébrée par les médias turcs comme une volonté d’amorcer de nouvelles relations avec les gouvernements issus de cette “révolution”, dans l’optique de réaménager les équilibres au Proche Orient. Au même moment, Erdogan a changé de ton vis-à-vis de la Syrie et, quelques jours plus tard, en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, il a, lors d’un entretien avec Obama, officialisé le “changement de front”, en annonçant “qu’il avait bloqué les pourparlers entamés avec Damas” et qu’il était désormais prêt à participer aux sanctions que l’on imposerait à la Syrie. Mais ce ne sont pas les violences présumées que l’on attribue au régime syrien qui ont poussé Erdogan à se ranger contre un ancien allié de la Turquie, posé désormais comme ennemi. Il s’agit bien plutôt du “non” catégorique qu’a opposé Bashar El Assad au projet turc de subvertir subrepticement le caractère laïque de la république arabe syrienne. C’est au cours du mois de juin 2011 que la rupture réelle a eu lieu, quand “le premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a proposé au Président syrien Bashar El Assad de réserver un quart voire un tiers des postes de ministre dans son gouvernement aux Frères Musulmans et d’user alors de toute son influence pour mettre un terme à la rébellion, si Assad s’exécutait”. Erdogan a essuyé un refus clair et net. C’est ce qu’a révélé un diplomate occidental à l’AFP, du moins d’après ce que rapportait, vendredi 30 septembre, le quotidien libanais en langue anglaise, The Daily Star.

    Cette nouvelle a été confirmée par un autre diplomate européen, qui a, lui aussi, préféré garder l’anonymat : “Les Turcs, dans un premier temps, proposèrent que les Frères Musulmans occupassent quatre ministères importants, en arguant que les Frères sont une partie importante du paysage politique syrien”. Les Frères Musulmans, en réalité, ont été mis hors la loi en Syrie dès 1980, à la suite d’une campagne terroriste particulièremet sanglante que leurs affidés avaient menée à cette époque-là ; aujourd’hui, ils font partie de ceux qui, ouvertement de l’extérieur et clandestinement depuis la Syrie elle-même, sèment la terreur dans toutes les régions du pays. Le 9 août 2011, le Ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu a indirectement confirmé l’alliance de facto entre les Frères et les néo-ottomans turcs en confiant au Président syrien un message écrit par le Président turc Abdullah Gül, dans lequel ce dernier explique qu’avant de former le parti pour la Justice et le Développement, actuellement au pouvoir à Ankara, il avait appartenu à une organisation proche des Frères Musulmans. Dans un débat face à face avec le Président syrien, Davutoglu a, une fois de plus, “réclamé le retour des Frères Musulmans en Syrie”. El Assad a répondu qu’à titre individuel, certains Frères pourraient récupérer leur citoyenneté syrienne mais ne pourraient pas se constituer en parti politique parce qu’un tel parti serait basé sur des principes religieux incompatibles avec le caractère laïque de la Syrie”.

    Revenu en Turquie, dès son débarquement à l’aéroport d’Ankara, Ahmet Davutoglu, bien loin de révéler le contenu de ses discussions avec El Assad, a lancé un ultime message à Damas : “Nous espérons que certaines mesures seront prises dans les prochains jours pour mettre fin aux effusions de sang et pour ouvrir la voie à un processus de réformes politiques”. Vingt jours plus tard, le 28 août 2011, le Président turc Gül affirmait qu’Ankara avait “perdu confiance” en la Syrie. Peu de temps auparavant, lors d’une rencontre avec une délégations des associations chrétiennes du Moyen Orient, El Assad avait déclaré —et ses déclarations avaient été répercutées par de nombreux médias— “qu’il avait refusé que l’ottomanisme se substitue à l’arabisme et qu’Ankara redevienne le centre majeur de décision pour le monde arabe”. El Assad répétait ainsi son opposition à toute participation des partis religieux dans la politique syrienne, parce que “cela permettrait aux Frères Musulmans, qui ont un siège à Ankara, de contrôler toute la région”. Toutes les démarches qui ont suivi vont dans le sens d’un rejet par l’alliance américano-turque de ce laïcisme arabiste : les sanctions prises par la Turquie contre Damas ; la Syrie devenue un pays ennemi de l’Occident car trop laïque pour s’insérer dans le nouveau Moyen Orient islamo-modéré voulu par Washington et les projets atlantistes.

    Alessia LAI

    • sowhat dit :

      Il serait temps de dire « syrianisme » contre « ottomanisme » ou contre d’autres plans et projets …

      • Cécilia dit :

        « Il serait temps de dire « syrianisme » contre « ottomanisme » ou contre d’autres plans et projets … »

        Cela correspond mieux à la réalité historique et géographique ou culturelle.
        Tout à fait d’accord.