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Le site franco-atlantiste Atlantico a mis en ligne ce 7 mai un article de Frédéric Pichon, arabisant, diplômé de sciences politiques, docteur en histoire contemporaine et spécialiste des questions du Proche-Orient : il est notamment auteur de livres comme "Voyage chez les chrétiens d'Orient" et "Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord". L'article qu'il signe sur Atlantico - "Syrie : l'échec du plan Annan" - est de tonalité résolument pessimiste quant aux chances d'apaisement à court et moyen termes [...]



Tiens, un analyste français lucide !

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Abdelghani Jawar, une figure de proue du terrorisme syro-libanais, mort la bombe à la main

Le site franco-atlantiste Atlantico a mis en ligne ce 7 mai un article de Frédéric Pichon, arabisant, diplômé de sciences politiques, docteur en histoire contemporaine et spécialiste des questions du Proche-Orient : il est notamment auteur de livres comme « Voyage chez les chrétiens d’Orient » et « Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord« . L’article qu’il signe sur Atlantico – « Syrie : l’échec du plan Annan » – est de tonalité résolument pessimiste quant aux chances d’apaisement à court et moyen termes en Syrie. Mais ce qui distingue Pichon d’un Juppé ou de n’importe quel journaliste-propagandiste, c’est une certaine lucidité et une honnêteté certaine. Qui lui font écrire des vérités généralement occultées dans les pages – papier et informatiques – des médias d’ici.

Les Occidentaux et l’opposition contre le plan Annan

Frédéric Pichon commence par souligner le « peu d’empathie » – euphémisme & litote – des grands pays occidentaux et des Arabes pour le plan Annan dont, rappelle Pichon, ils ont bruyamment prophétisé l’échec « dès avant sa mise en place« . Et notre spécialiste d’épingler Alain Juppé et l’émir du Qatar à ce sujet.

Ensuite il souligne le fait que, sous la pression de la Russie et de la Chine, les Occidentaux ont dû « enfin admettre que l’opposition s’est déplacée sur le terrain militaire« ‘. Et de là, Frédéric Pichon aborde sans oeillère bien pensante le problème de la violence post-cessez-le-feu : il écrit que le régime seul a intérêt à l’arrêt des combats, tandis que l’opposition  radicale peut espérer, en prolongeant la lutte armée, convaincre « à long terme » les opinions occidentales à se porter à son secours, pourvu que l’islamisme des groupes armés soit teinté d’un vernis « progressiste« . Bref, pour Pichon, « le plan Annan ne fait pas l’affaire des insurgés« . On nous permettra de penser qu’il n’est pas certain qu’un pourrissement de la situation – tant que celle-ci du moins ne présente pas un niveau exceptionnel de violence et de chaos – soit forcément propice à une aventure de l’OTAN.

« Afghanisation » du conflit ?

Pour l'opposition armée, ASL ou dissidente de l'ASL, le plan Annan non seulement contrarie leur projet politique, mais encore menace leurs revenus financiers ..

Mais quoiqu’il en soit, l’essayiste dresse un tableau peu complaisant de cette opposition militarisée : « Il faut redire ici, écrit-il, que l’ASL n’est qu’une organisation aux contours très flous, contestée même par différents groupes armés ». Des groupes dont Pichon donne, seul des « syriologues » français, une rapide nomenclature : l’Armée syrienne de Libération, le Mouvement pour le Changement, l’Armée patriotique. Des groupes qui reprocheraient, selon Pichon,  à l’ASL d’avoir « accepté » le plan Annan : à moins d’attribuer les violences persistantes à ces groupes « dissidents de la dissidence », il ne semble pas que l’ASL, pourtant, fasse du zèle pacifiste sur le terrain. Mais sur la réalité de violence de ces groupes, notre spécialiste est très clair, bien plus qu’un Olivier Ranavello ou une Édith Bouvier du P.A.F. Il fait allusion à des « combats fratricides » entre ces groupes et à des « exactions envers la population« . Il dit clairement qu’il y a entre ces bandes une émulation terroriste, qui a pour but de se faire reconnaître, et donc financer, « par les généreux donateurs du voisinage, Qatar et Arabie séoudite en tête« . Et que, ceci, expliquant cela, « l’affiliation religieuse, wahhabite ou salafiste, est devenue la règle« . « Sans compter, ajoute-t-il, les centaines de djihadistes étrangers qui affluent en Syrie« . À ce sujet précis, Frédéric Pichon confirme la mort au combat, près de Homs le 20 avril dernier, d’une des grandes figures de cette internationale islamiste, Abdelghani Jawar, l’ »homme le plus recherché du Liban » pour avoir participé au sein  du groupe radical Fatah al Islam aux sanglants combats contre l’armée libanaise intervenus en 2007 dans le nord du pays (et qui avaient causé la mort de 167 soldats libanais), ainsi qu’à un attentat qui en 2008 en avait tué 18 autres, sans oublier une tentative d’assassinat du chef d’état-major de l’armée libanaise : comme l’écrit Frédéric Pichon, voila « un cadavre bien encombrant pour les opposants, qui semble accréditer la version du régime qui dit avoir affaire uniquement à des  gangs terroristes »« . Oui, on peut en effet l’écrire…

Frédéric Pichon conclut son article en présentant sa vision de l’avenir : en l’absence d’une intervention militaire que, en dépit des « surenchères » internationales (n’est-ce pas Alain Juppé ?) « personne ne prendra le risque d’engager« , l’échec du plan Annan pourrait bien « signifier l’installation durable d’un conflit de basse intensité, sur le modèle de la guerre civile libanaise, et qui servirait d’exutoire aux djihadiste du monde entier, bientôt privés de leur terrain de jeu afghan« . Et pour éviter cette afghanisation – après l’irakisation – de la Syrie, notre spécialiste ne voit comme solution « raisonnable » d’une nouvelle forme de diplomatie occidentale, « secrète » et non plus incantatoire, et qui oeuvrerait, « loin des errements de l’année passée » (n’est-ce pas Alain Juppé ?), non pas à l’exacerbation des antagonismes, mais à un vrai « effort de médiation conduit à l’abri des regards« .

Le Ciel – et le nouveau quai d’Orsay – l’entendent !

Ci-dessous, le lien vers l’article :

http://www.atlantico.fr/decryptage/syrie-echec-plan-annan-cessez-feu-pas-respecte-bachar-al-assad-frederic-pichon-350991.html

 



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10 commentaires à “Tiens, un analyste français lucide !”

  1. Rensk dit :

    Dites moi, c’est le même où un homonyme ?

    http://www.avocat-pichon.com/

  2. l'ingenue dit :

    http://www.silviacattori.net/article3184.html
    Conclusions

    En 2003, l’invasion de l’Irak a anéanti une force arabe, qu’Israël avait demandé de liquider. En 2006, la guerre d’Israël contre le Liban, soutenue par les États-Unis, a tenté d’anéantir la résistance libanaise. En 2008/2009, la guerre israélienne contre Gaza a voulu briser la résistance palestinienne. En 2011, la guerre dirigée par l’OTAN contre la Libye et soutenue par les sionistes, a brisé une force arabe patriotique. En 2012, l’alliance entre des pays occidentaux, Israël et des pays du Golfe a installé la guerre menée par Israël au cœur de la Syrie. Le danger de ce tournant, entamé avec la guerre contre la Libye, est le fait que désormais des régimes arabes despotiques sont devenus des alliés d’Israël dans sa guerre contre les Arabes et que des bandes armées arabes et islamiques se substituent aux armées israélienne et étasunienne pour se battre à leur place.

    La bataille de la Syrie met en lumière les points suivants :

    La remise à sa juste place du conflit central contre Israël est une nécessité pour défendre l’existence des peuples arabes.
    Les régimes du Golfe qui ont pris naissances sous la protection d’accords d’occupation avec les États-Unis, sont chargés de diviser les grandes sociétés arabes fortes de traditions patriotiques et historiques.
    L’islam extrémiste se met au service d’Israël.
    Le patriotisme est une valeur progressiste dans la défense de la souveraineté, mais il ne peut triompher sans rétablir la justice sociale et sans dynamiser le peuple avec des libertés et un pluralisme politique national.

    La Syrie a gagné de ces évènements :

    1) La réappropriation par le peuple du rôle que ses dirigeants lui avaient confisqué.
    2) La reconquête par les Syriens de la liberté de parole ; tout Syrien interrogé par des journalistes se livre à des analyses politiques sur le plan local et international.
    3) Les femmes ont devancé les hommes dans les manifestations et les analyses politiques.
    4) Les jeunes ont trouvé l’espace qui permet leur dynamisme ; ils ont découvert la joie du travail bénévole et patriotique.
    5) Un consensus national du refus de l’ingérence arabe et extérieure s’est manifesté.
    6) Les évènements en Syrie ont attiré les penseurs et politiciens arabes qui ne se sont pas laissé corrompre par l’argent du Qatar, car ils ont compris que l’issue de la lutte en Syrie décidera du destin de la région et de l’avenir de la Résistance arabe.

    Ces conclusions supposent que les dirigeants examinent leur parcours passé, leurs méthodes de travail, la raison de leur absence des régions qui ont connu la crise ; et qu’ils rendent des comptes au peuple syrien qui défend sa patrie.

  3. RoyL dit :

    > Frédéric Pichon conclut son article en présentant sa vision de
    > l’avenir : en l’absence d’une intervention militaire que, en
    > dépit des « surenchères » internationales (n’est-ce pas Alain
    > Juppé ?) « personne ne prendra le risque d’engager« , l’échec
    > du plan Annan pourrait bien « signifier l’installation durable
    > d’un conflit de basse intensité, sur le modèle de la guerre
    > civile libanaise, et qui servirait d’exutoire aux djihadiste
    > du monde entier, bientôt privés de leur terrain de jeu afghan«
    > .

    ** « personne ne prendra le risque d’engager«

    Définitivement.

    ** « l’installation durable d’un conflit de basse intensité, sur
    le modèle »

    Pas d’accord. D’ailleurs, où?!, Erdogan, ressemblant de plus en
    plus (façon de dire, je pense aux — voir les maths et la théorie
    des automates — fonction récursives) à un *dead man walking*: il
    a épuisé de loin le temps qu’il avait (on lui avait promis comme
    étant) à disposition, de plus la *fenêtre* est close, pour se
    lancer dans le coup. Pour faire un exemple — j’en pourrais faire
    mille — regardez:

    http://www.sisl.ch/images/secours/esperance2.gif
    La survie en eau froide^1

    (Faites vous un idée en interpolant à partir de l’abscisse:
    donnée une température X, combien de minutes de survie?)

    La Turquie (pensons aussi à la Russie, à l’Iran et à la Chine)
    n’est pas/plus en conditions de supporter un « conflit de basse
    intensité » « DURABLE, » et les turques eux mêmes encore moins. La
    seule chose que probablement ils accepteraient comme de « durable »
    c’est de remplir de coup de pieds le derrière des *génies* à la
    Erdogan.

    1. http://www.sisl.ch/technique/hypothermie.htm

  4. psycologue dit :

    Wow! Vous avez un site sympa, je reviendrai prochainement!

  5. Excellent! Vous avez un très bon site, je reviendrai bientôt!