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Dans les premières semaines de son existence, Infosyrie avait publié la traduction d'un entretien accordé à la chaîne saoudienne Al Arabia par Ali Ahmed Saïd Esber, beaucoup plus connu en Syrie et dans le monde arabe sous son nom de plume d'Adonis (voir notre article "Le grand poète syrien Adonis s'exprime sur la situation", mis en ligne le 17 juin). Le poète, philosophe - et traducteur d'auteurs français - syro-libanais se prononçait pour une politique de réforme "raisonnable et non imposée [...]



« Révolution » syrienne : Adonis persiste et signe !

Par Pierre Marulaz,



Adonis : la réforme syrienne plutôt que la démocratie d'importation

Adonis : la réforme syrienne plutôt que la démocratie d'importation

Dans les premières semaines de son existence, Infosyrie avait publié la traduction d’un entretien accordé à la chaîne saoudienne Al Arabia par Ali Ahmed Saïd Esber, beaucoup plus connu en Syrie et dans le monde arabe sous son nom de plume d’Adonis (voir notre article « Le grand poète syrien Adonis s’exprime sur la situation« , mis en ligne le 17 juin). Le poète, philosophe – et traducteur d’auteurs français – syro-libanais se prononçait pour une politique de réforme « raisonnable et non imposée de l’extérieur« . Et il incitait l’opposition « à se dégager des influences religieuses extrémistes« , notant le rôle de certaines mosquées sunnites dans le tour radical pris par les manifestations. Cette analyse et ces propositions constituant la matière d’une lettre qu’il avait envoyée, en ce troisième mois de troubles, au président syrien. L’autorité morale d’Adonis complétait d’ailleurs son rayonnement intellectuel, l’écrivain ayant été, dans les années cinquante, emprisonné, puis contraint à l’exil au Liban pour son engagement en faveur de l’indépendance syrienne, et ayant par la suite représenté la Ligue arabe auprès de l’UNESCO. Précisons encore qu’Adonis critiquait l’hégémonie du parti Baas sur la vie politique syrienne.

Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté…

Eh bien, deux mois et demi après, Adonis n’a pas changé son fusil d’épaule et certains le lui reprochent. Ainsi l’écrivain irakien Sinan Antoon déplore publiquement cette « retenue » : « On s’attendait à ce qu’un poète salue le courage de ces citoyens désarmés n’ayant à opposer aux balles d’un régime odieux que leur voix et leur conscience. Or Adonis n’en fit rien. »

Non Adonis n’en a rien fait. Sans doute parce qu’il n’adhère pas à cette « analyse », sommaire et mensongère, des événements de Syrie. Sommaire et mensongère et cependant serinée en continu depuis six mois, à de rares exceptions près, par tous les médias d’Occident. A ce propos, il n’est pas indifférent de savoir que Sinan Antoon s’exprime sur Al-Jazeera, chaîne de « désinformation continue » arabe, qui a perdu non seulement son honneur mais sa crédibilité dans la couverture partiale qu’elle a faite des événement de Syrie.

Il n’est pas non plus superflu de rappeler que Sinan Antoon, né en 1967 à Bagdad d’un père irakien et d’une mère américaine, a émigré aux Etats-Unis après la guerre du Golfe, et depuis se partage entre les deux pays, étant actuellement professeur auxiliaire de littérature médiévale arabe à l’université de New York : un cursus impeccable d’étudiant en littérature, mais aussi un convaincant profil d’Arabe domestiqué ou au moins sous influence américaine.

La réforme – raisonnable et syrienne – oui, la démocratie par ingérence non. C’est en substance la position d’Adonis qui, dans sa désormais fameuse lettre ouverte à Bachar, notait tranquillement cette évidence politiquement incorrecte :

« Politiquement, les Arabes n’ont jamais connu la démocratie dans leur histoire moderne, ni dans leur histoire ancienne. C’est quelque chose d’extérieur à l’héritage culturel arabe« .

Ce n’est pas en tout cas ce qui s’est passé en Irak – où, n’en déplaise à M. Antoon, les Américains ont imposé au prix du sang une démocratie communautariste et de façade – ou en Libye – où l’OTAN manipule cyniquement des factions pour mieux contrôler le pétrole – qui peut faire changer d’avis notre poète…



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58 commentaires à “« Révolution » syrienne : Adonis persiste et signe !”

  1. Mohamed dit :

    Et oui, il y’a encore d’éminentes personnalités qui vont entrer dans l’Histoire de l’Humanité par la grande porte alors que d’autres vont en sortir par la petite.

  2. Syrienne libre dit :

    C’est à partir de là que vous avez écrit?

    http://www.courrierinternational.com/article/2011/08/29/l-intellectuel-qui-a-decu-la-revolution

    Plus intéressant que votre article aux informations soigneusement sélectionnées et biaisées pas votre subjectivité.

    • syrieux dit :

      Merci Syrienne libre. L’article du lien est bien plus intéressant.

    • Mohamed dit :

      Adonis a fait prédominer sa RAISON sur ses SENTIMENTS, et prévaloir les VRAIS INTÉRÊTS de la Syrie sur toutes les autres considérations. C’est un homme avisé, SAGE, très courageux pour ne pas craindre de sortir du conformisme et risquer de déplaire « aux nouveaux maître du nouveaux monde » qui ne vont certainement pas apprécier cette prise de position.

      • Syrienne libre dit :

        Je suis certaine que Adonis est un homme libre et qu’il n’a l’influence de personne.
        Je suis certaine que si on sortait des salles de conférence ou des campus il soutiendrait la révolution.
        Malheureusement ce n’est pas le cas, puisque c’est interdit.

        • Mohamed dit :

          A Syrienne libre:
          Il y’a une incohérence et une contradiction dans ce que vous dîtes. Car, soit Adonis est « un homme libre et qu’il n’a l’influence de personne » et dans ce cas il déclarerait avec intégrité, courage et clarté ce qu’il veut bien dire, persister et signer dans sa position, quitte à déplaire aux uns ou aux autres, quoique c’est un poltron ou un hypocrite qui croit une chose et en dit une autre parce qu’il a peur et qu’il craint d’outrepasser l’interdit.
          Adonis est loin de tout cela il force le respect et l’estime pour son intégrité intellectuelle.

        • sowhat dit :

          « puisque c’est interdit »

          ah bon ? Adonis vit entre le Liban et la France. Qu’est-ce donc qui lui est interdit ? Il a toute liberté de dire ce qu’il pense. Mais peut-être qu’il ne dit pas ce que vous souhaitez qu’il dise.

          • Syrienne libre dit :

            Sowhat,

            Vous comprenez toujours « à côté ».
            Qu’est ce qui est interdit?
            Je ne parlais pas d’Adonis…
            Relisez bien mon commentaire.
            Il ne reste plus que les mosquées pour se réunir, et encore ça, le gouvernement a tenté de l’interdire, en vain!

          • sowhat dit :

            sauf pardon il est ambigu pour na pas dire équivoque votre commentaire chère Madame comme toujours

        • Mohamed dit :

          Vous avez avancé une chose et son contraire, à savoir « homme libre et qu’il n’a l’influence de personne », « soutiendrait la révolution.
          Malheureusement ce n’est pas le cas, puisque c’est interdit ».

          • Syrienne libre-vengeur masqué dit :

            Pour vous, être libre, c’est ne pas prendre parti?

            Adonis est libre, nous sommes d’accord…
            Il peut tres bien « pencher » pour la révolution grâce à son seul libre-arbitre.

            Mohamed, tout dépend de la conception de la liberté que vous avez…

            Là, vous me donnez envie de rentrer dans un débat philosophique sur la liberté, plus précisément en politique.
            On évoquerait alors, Hegel, Marx, Rousseau, Aristote et plein d’autres!

            Encore une fois, quand je parle d' »interdit » , je parlais des lieux de réunion…

          • Mohamed dit :

            Rien de tel.
            Pas de jugement de valeurs.

          • Mohamed dit :

            Adonis a pris position, persisté et signé et HONORE du décernement du prix littéraire allemand Goethe, l’un des plus prestigieux d’Europe.

          • Syrienne libre dit :

            Mabrouk!

    • Lubnan dit :

      Syrienne libre,

      un intellectuel qui a déçu la révolution?

      Mais il a expliqué pourquoi il ne prenait pas part à la révolution, et je me demande pourquoi le journaliste du Monde Diplomatique pense que ses écrits sont « à côté de la plaque »?

      N’est-ce pas ici son interprétation de cette « révolution » qui rejoint celle d’autres personnalités?

      Pourquoi affirmer que ce qu’il dit actuellement est « à côté de la plaque », lui qui a toujours défendu les grandes idées et avec qui « nous » étions souvent en accord avec ce qu’il écrivait, pourquoi ce qu’il écrit maintenant est dénué de sens?

      N’a-t-il pas une certaine raison de ne pas joindre ces idées révolutionnaires à cette « révolution »?

      La question est à se poser.

      Bien à vous.

      • Syrienne libre dit :

        Je n’ai rien dit.
        Je trouve juste que l’article original de courrier international est plus juste.
        Je connais quelques personnes en lien direct avec Adonis